328 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1813.
Alpes renferment un vaste territoire dont plusieurs provinces ne rele-vaient pas de Y empire des lis, et cependant la couronne royale de France était brillante de gloire et de majesté entre tous les diadèmes. — Orateur ,s’écrie le duc de Massa, président, ce (pie vous dites est inconstitutionnel.— Il n'y a ici d’inconstitutionnel que votre présence! » réplique l’orateur ;et il continua par le tableau du despotime sous lequel gémissaient lespeuples du Rhin, du Brabant et de, la Hollande.
Ainsi l’Europe assiégeante et la France assiégée apprirent en mêmetemps que le corps législatif se constituait l’opposition. Une adresse àl’Empereur fut votée à la majorité de deux cent vingt-trois voix contretrente et une : cette adresse était, comme le rapport, une véritableémanation de la déclaration de Francfort ; elle séparait ainsi de Napoléon le peuple français ; elle exprimait violemment le vœu d’un redressementdes griefs imputés au gouvernement impérial ; elle demandait à l’Em-pereur des garanties contre lui-même, des garanties politiques, pourengager la nation, pour rendre la guerre nationale.
Il s’agissait bien alors de théories ; il s’agissait d’être ou de ne pasêtre. Le devoir actuel, le devoir pressant, le devoir vraiment constitu-tionnel du corps législatif était de s’unir, séance tenante, à Napoléon pour sauver la patrie. Ce devoir était de prendre l’initiative légale dusalut public, et de garder en réserve ces remontrances comme desdroits qui devaient survivre aux malheurs de la France pour les em-pêcher de se renouveler jamais. Si le corps législatif, redevenu dèslors un grand pouvoir, adoptait la résolution de proclamer lui-mêmela guerre nationale, il se constituait, par cette seule déclaration, le dic-tateur politique de la nation en danger, dont Napoléon eût été le dicta-teur armé : alors toute la France , se levant à la voix de ses représen-tants, aurait rejeté au delà du Rhin les alliés, trop heureux d’accepterles conditions de Francfort , qu’à présent ils refusaient. Des passionshonorables, mais peu éclairées, aveuglèrent les uns ; des haines parti-culières entraînèrent les autres. Une trahison commencée fit habilementfermenter ces mauvais germes, qui se développèrent avec une incroyableactivité. Napoléon sentit profondément les conséquences d’une divisionsi contraire aux intérêts du pays et à toute saine politique; ne sachantquel remède apporter au mal, il ordonna de saisir l’épreuve du rapportet celle de l’adresse chez l’imprimeur, et de briser les planches de lacomposition; en outre, les portes du palais du corps législatif furent