HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 4814. 335
Prussiens. Tandis que le duc de Trévise va revenir à Troyes , par lesordres de Napoléon , l’armée arrive à travers une forêt impraticablepour d’autres soldats que des Français , sous Brienne. Nos attaques surles terrasses du parc et à l’entrée de la ville basse sont si vives , queBlücher pense être pris. Un prisonnier aussi important eût valu legain d’une bataille. Blücher est à la fois le génie militaire de la Prusseet le héros du Tugendbund , qui s’était levé à sa voix. Le bourg défendupar les Busses , le château par les Prussiens ont vu le combat le plusacharné qu’une perte égale rend funeste aux deux armées. Il sembleque Brienne soit pour elles un de ces lieux sacrés dont la possessionassurait la victoire aux anciens Grecs. La nuit, après douze heures decombat opiniâtre, ne sépara pas les combattants ; elle pensa aussi êtrefatale à Napoléon , qui, vers dix heures du soir, regagnait son quartiergénéral de Mézières, à une demi-lieue de Brienne : un hourra de Cosaques se jeta au milieu de sa colonne, et l’un deux allait le frapper de salance, quand, d’un coup de pistolet, Gourgaud l’abattit à ses pieds.Cette journée fut malheureuse. L’Empereur n’avait avec lui qu’unepartie de sa garde et de son armée ; le gros de ses forces marchait dansune autre direction pour couper la route de Troyes à Blücher qui s’estreplié silencieusement vers Bar-sur-Aube . Le 30, à la pointe du jour,Napoléon va occuper Brienne , et s’établir au château. Bientôt il apprendque Blücher a fait sa jonction avec Sch wartzemberg, et que cent millehommes nous attendent dans les plaines de l’Aube . Le 1 er février, ilaccepte le combat avec ses cinquante mille hommes, presque tousconscrits des nouvelles levées ; il a en tête les vieilles bandes de toutesles nations, qui se sont aguerries par ses exemples et sous son drapeau :l’élite de l’armée de Silésie , celle de l’armée autrichienne, de la gardeimpériale russe. Napoléon est au centre de son armée, au village de laRothière, et soutient avec la plus grande vigueur tout l’effort de l’en-nemi , qui a dirigé sur ce point son attaque principale. Mais vainementles généraux Duhesme et Gérard déploient une intrépidité héroïque,l’un à la Rothière, l’autre à Dienville ; la supériorité numérique desalliés rend inutiles les miracles de la valeur française. Toutefois l’au-dace leur a manqué pour nous ravir le champ de bataille. Dans la nuit,Napoléon ordonne la retraite sur Troyes, et trompe habilement Blücher ,qui espèx-e nous détruire. Le lendemain, l’armée française pousse sonmouvement sur la rive gauche de l’Aube , après avoir coupé encore une