338 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1814.
t-il ; je suis dans ce moment à battre JBlücher de l’œil ; il marche parMontmirail . Je pars; je le battrai demain, je le battrai après-demain :si je réussis, l’état des affaires va changer, et nous verrons; en atten-dant, laissez Caulaincourt avec les pouvoirs qu’il a. » C’était le jouroù Razumowski suspendait le congrès après en avoir violé les formes.
Napoléon a donné ses ordres. Bourmont est chargé de défendre àNogent le passage de la Seine ; Oudinot garde le pont de Bray. Le soir,Napoléon arrive à Sézanne par la traverse ; il a fait douze grandes lieuesavec son armée. Il n’est plus qu’à quatre lieues de Blücher , qui courtsur Meaux avec sécurité après Macdonald. Le 10, au matin, l’Empereurmarche de nouveau : Mannont a rétrogradé avec l’avant-garde à causedes mauvais chemins; Napoléon se met en route. Marmont force lesdéfilés de Saint-Gond, et enlève à l’ennemi le village de Baye. Dans l’a-près-midi, Napoléon débouche à Champ-Aubert, engage aussitôt sestroupes, bouleverse les colonnes russes du général Alsufief, qui ontdéfendu Brienne, et brise l’armée de Blücher . Nansouty en suit unepartie sur Montmirail; Marmont poursuit l’autre sur Chàions. Napoléon s’arrête à Champ-Aubert, et fait dîner avec lui les généraux prisonniers.En informant le duc de Vicence de ce succès, il se contente de lui re-commander de prendre une attitude plus fiere au congrès. Marmont tenaitBlücher en échec, entre Chàions et Champ-Aubert. Le lendemain 11,Napoléon accourt sur les traces de Sacken, qui marche vers la Ferté,et d’York, qui est déjà à la vue de Meaux ; mais, à la nouvelle de ladéfaite de Champ-Aubert, ils ont rebroussé chemin et viennent au de-vant de la bataille que Napoléon leur apporte ; une attaque générale ladécide bientôt en faveur des Français . Ney et Mortier ont emporté avecla plus grande valeur la ferme des Grenaux, où l’ennemi a concentré sesforces; il fuit vers Château-Thierry , en pleine déroute, dans l’espoir derejoindre Blücher sur la Marne . Mais le 12, poursuivis jusqu’à cetteville, les Russes et les Prussiens, qui n’ont pas eu le temps d’en cou-per le pont, y sont entrés pèie-mèie avec la cavalerie française. Mortierrefoule sur la route de Soissons tous ces fuyards d’York et de Sacken.Les habitants de Château-Thierry ramassent les fusils des vaincus et seforment en partisans.
Cependant Marmont n’a pu contenir plus longtemps Blücher , ren-forcé de deux corps russes et prussiens arrivés de Mayence : il a mêmedû évacuer Champ-Aubert; enfin il se voit poussé jusqu’à Montmirail ;