HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 4844. 343
que miraculeuses , qui venaient d’illustrer le mois de février, avaientfait promettre à M. de Saint-Aignan de présenter à l’Empereur le ta-bleau véritable de l’opinion, de la situation de la capitale, et desdangers de toute espèce qui le menaçaient. Les avis dont il s’étaitchargé étaient sévères ; il les porta à Napoléon avec autant de courageque de fidélité , et le pressa instamment de répondre aux vœux una-nimes que l’on formait à Paris pour la paix quelles que fussent lesconcessions auxquelles il fallût descendre. Napoléon , tout rempli deses succès et des dernières paroles du prince de Lichtenstein, repoussales représentations de M. de Saint-Aignan; mais la loyauté de ce pléni-potentiaire de la pensée publique ne fut point ébranlée : « Sire, dit-ilen terminant, la paix sera assez bonne si elle est assez prompte. —Elle arrivera assez tôt, répliqua vivement Napoléon , si elle est hon-teuse ! >> Ces mots se répandent, et l’armée reprend la route de Troyes ,aussi tristement qu’elle avait repris de cette ville, le 5 du même mois ,le chemin de la capitale.
Les conseils qui arrivaient de Paris avaient sans doute de la sa-gesse ; les circonstances leur prêtaient beaucoup de force : toutefois siles ministres, celui de la guerre surtout, si le général qui comman-dait la grande ville, si Joseph et les autres membres du gouvernement,eussent rempli la moitié de leur devoir, Napoléon n’aurait pas eu be-soin d’entendre de pareils avis, parce qu’il ne se serait jamais vu ré-duit à une extrémité semblable. En effet, même dans la position où ilse trouvait, son génie, qui venait de lui ramener la fortune par desi incroyables succès sur les forces combinées de l’Europe , pouvaitencore le sauver.
Le 23, dans l’après-midi, nous paraissons devant Troyes ; les portesen sont fermées et barricadées. L’ennemi semble vouloir la défendre ouplutôt la détruire avant d’évacuer. Le combat s’est engagé; mais la nuitl’ennemi fait demander une trêve pour remettre les portes à la pointedu jour : Napoléon préfère le salut de la ville à un nouveau triomphe.
L’Empereur rentre à Troyes le 24. Fatigués des dix-huit jours dedomination étrangère , les habitants laissent éclater des accusations detrahison et de connivence avec l’ancienne dynastie. Deux émigrés sontdénoncés pour avoir porté publiquement la croix de Saint-Louis et lacocarde blanche pendant le séjour des alliés ; l’un d’eux est arrêté etfusillé. Napoléon a appris que les proclamations d’Hartwell circulent