HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1814. 309
fut nommé plénipotentiaire . Cependant le prince de la Moskowa, lesducs de Vicence et de Tarente reçurent l’ordre formel de dire au ducde Raguse, en passant à Essonne, que Napoléon l’avait aussi choisi;mais que ne pouvant refuser à sa fidélité, garantie par tant de bienfaitsd’un côté et par tant de services de l’autre, ce dernier témoignage desa confiance et de son affection, il le laissait maître de se joindre à sescollègues dans le cas où il ne croirait pas être plus utile à l’Empereurà Essonne qu’à Paris . Malgré l’imminence de ses périls et la sagacitéde son esprit, il n’avait pas été donné à Napoléon de tout prévoir.
Porteurs de l’abdication, les trois plénipotentiaires prennent la routede Paris . La veille, on avait ordonné aux troupes de se mettre en mou-vement : la garde impériale s’était ébranlée pour occuper Moutlignon,où Napoléon avait résolu d’établir son quartier général. Arrivés à Es-sonne , les plénipotentiaires descendent chez le duc de Raguse, et luifont connaître les ordres de l’Empereur. Ils devaient attendre, pouraller plus avant, l’autorisation du général ennemi ; le maréchal lesretint à dîner. Bientôt il confie à Ney et à Macdonald qu’il a traité avecSchvvartzemberg ; il voulait parler de la convention d’Essonne , ratifiéele matin même à Chevilly. Un moment après, le duc de Vicence reçoitcelte confidence du maréchal Macdonald. Alors la conversation devientgénérale ; elle est des plus vives de la part des plénipotentiaires de Fon-tainebleau : celui d’Essonne parait céder à la puissance des sentimentsqui combattent sa conduite ; il leur affirme que rien n’est signé et qu’illes suivra à Paris . Les plénipotentiaires , dans la persuasion que cetteaffaire repose sur Marmont, lui proposent ou d’aller à Fontainebleau tout avouer à l’Empereur ou de les accompagner à Chevilly et de toutdénouer avec Schvvartzemberg ; Marmont se décide pour le dernierparti. Avant de monter en voiture, il déclare en présence de ses collè-gues, aux généraux Souham et Bordesoult, ses principaux divisionnai-res, que l’arrangement convenu avec le généralissime doit être regardécomme nul, qu’il ne tardera pas à revenir et il leur ordonne de garderleurs positions ; il ajoute qu’il ne sépare point sa cause de celle de l’ar-mée. Arrivés au château de Chevilly, le prince de la Moskowa, les ducsde Vicence et de Tarente entrèrent chez le prince de Schwartzemberg,qui seul pouvait transmettre aux nouveaux plénipotentiaires l’autorisa-tion nécessaire pour pénétrer jusqu’à Paris et remplir leur mission. Leduc de Baguse demeura dans la voiture, « préférant, dit-il, ne voir le