372 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1814.
Le duc de Yicence ayant eu des audiences particulières de l’empe-reur de Russie , dans une de ces audiences, le 3 avril, il avait étéquestion de choisir le lieu de retraite qui serait assigné à Napoléon .Alexandre avait désigné Me d’Elbe au lieu de Corfou et. de la Corsedont on avait parlé. Le 5 avril, on lisait dans le Moniteur : « S. M. l’em-pereur de Russie , dès qu’elle a su le changement opéré dans le gou-vernement français par le sénat, et l’établissement du gouvernementprovisoire, a fait proposer, au nom des puissances alliées, à Napoléonllonaparte, de se choisir un lieu et un établissement de retraite pourlui et sa famille. M. le duc de Yicence a été chargé de lui remettre cetteproposition. » Ainsi cette détermination sur l’abdication absolue dataitdu 2 avril. Napoléon devait en avoir eu connaissance, et sans douteelle lui revint à l’esprit le 4, après le départ de ses négociateurs. Larenonciation qu’il avait signée en faveur de son fds lui parut alors,non plus un sacrifice qu’il faisait généreusement à la France , mais unedémarche que sa haute raison frappait de nullité. « On a voulu,dit-il, me faire abdiquer en faveur du roi de Rome , je l’ai fait ; cepen-dant ce n’est pas l’intérêt de la France . Mon fds est un enfant,ma femme n’entend rien aux affaires. Yous auriez donc une régenceautrichienne pendant douze ou quinze ans, et vous verriez M. deSclrvvartzemberg, vice-empereur des Français : cela ne peut vous con-venir. D’ailleurs il faut raisonner : quand môme cela entrerait dans lçsvues de l’Autriche , croit-on que les autres puissances consentent jamais àce que mon fils règne tant que je vivrai? Non certainement. Elles auraienttrop peur que j’arrachasse le timon des affaires des mains de mafemme ; aussi je n’attends rien de bon de la démarche des maré-chaux. »
Napoléon disait à Fontainebleau ce que le prince de Bénévent disaità Paris , et ce que venait de l’épéter en d’autres termes Alexandre auxplénipotentiaires. Napoléon jugeait mieux que personne toute sa posi-tion , et il en était d’autant plus porté à tenter le sort des armes, commela seule ressource qui restât à une condition aussi désespérée. On assurequ’il avait dit au duc de Yicence : Pendant que vous négocierez à Paris ,je leur tomberai dessus avec mes braves. Je pars demain. Mais avant deprendre la route d’Essonne avec le gros de l’armée, car on a vu quela garde était déjà en mouvement sur Moutlignou, l’Empereur envoyason premier officier d’ordonnance, Gourgaud, à Essonne , pour inviter