HISTOIRE DE NAPOLEON . — 4814, 4815. 384
tour, en raison de la confiance dont ils avaient été honorés pendant sonrègne, n’avaient pas fait la moindre tentative pour se rappeler à sonsouvenir. Cependant rien n’était plus facile ; car, Napoléon le dit lui-même (t. Il, p. 33) : Dans L’espace de neuf mois, plus de cent officiers fran-çais ou italiens arrivèrent successivement à l’île d’Elbe avec leurs uniformes etleurs épées, ayant des passe-ports en règle. Mais, ainsi que je l’ai déjà dit,on conspirait en France pour un autre que Napoléon . Il n’y eut dansle secret de l’ile d’Elbe que le roi Joachim, à qui Napoléon prescrivaitd’attendre ses ordres pour agir, et un auditeur au conseil d’état, Fleuryde Chaboulon, qui vint de lui-même rendre compte à Napoléon del’état des choses en France .
Des munitions de guerre avaient été achetées à Naples , des armes àAlger, des transports à Gênes . Tout se trouva bientôt prêt pour le dé-part ; une troupe de mille hommes, dont six cents de la garde, deuxcents chasseurs corses, deux cents fantassins, et cent chevau - légerspolonais , reçut tout à coup l’ordre d’embarquement par un coup decanon, le 2G février, à huit heures du soir. Napoléon choisit ce jouroù le commandant de la station anglaise était parti pour Livourne ; et,afin d’éloigner tout soupçon, il donnait lui-même une fête dont sa mèreet sa sœur Pauline faisaient les honneurs. Il s’y déroba. Le sort en estjeté.' dit-il en mettant le pied sur le brick l’Inconstant. Ce bâtiment,armé de vingt-six pièces de canon , portait quatre cents grenadiers ;six autres petits bâtiments légers composaient la flottille impériale. Bien-tôt ou perdit l’ile de vue. Excepté les généraux Bertrand et Drouot,personne ne savait où l’on allait. Cependant l’opinion commune sur laflottille , était que Napoléon débarquerait en Italie : on s’en inquiétaitpeu; il était là. Grenadiers, dit-il après une heure de route , nous al-lons en France. Nous allons à Paris. Le cri de vive la France ! vive Napo-léon! s’éleva dans les airs ; et une joie patriotique reparut sur le frontdes vieux guerriers de Fontainebleau .
Ainsi la Méditerranée allait rapporter encore en France , pourdétrôner la famille royale, celui que vingt ans plus tôt elle avait ra-mené d’Égvpte pour renverser le directoire. Cependant le vent devintcontraire après qu’on eut doublé le cap Saint-André. A la pointe dujour, on n’avait fait que six lieues, et la mer était gardée par les croi-sières anglaise et française. Les marins conseillaient de retourner àPorto-Ferrajo ; mais comme au retour d’Egypte, Napoléon voulait arriver