392 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4814, 4845.en France , et l’on suivit la direction indiquée : son projet, si l’ennemil’attaquait, était, ou de s’emparer de la croisière, ou d’aller en Corse.Dans le premier cas, il fallait peut-être se battre , et, pour mieux sepréparer à cette nécessité, il commanda de jeter à la mer tous les ef-fets embarqués, sacrifice que chacun fit avec plaisir. Le soir, on dé-couvrit deux frégates ; et un bâtiment de guerre français , qu’on recon-nut pour être le Zéphyr, vint droit sur la flottille. Napoléon préférapasser incognito avec sa fortune et ordonna à sa garde de se couchersur le pont. Une heure après, les deux bricks étaient bord à bord, etle Zéphyr ayant demandé à Y Inconstant des nouvelles de l’Empereur,Napoléon lui-même répondit qu’il se portait bien. Le 28, on reconnut unvaisseau de 74, qui n’aperçut point le bateau de César. Cette journée futemployée à copier trois proclamations , deux au nom de l’Empereur ,l’une aux Français , l’autre à l’armée , et la troisième à l’armée au nomde sa garde. Les ponts se couvrirent de copistes : ce singulier bureaud’état-major écrivant sous la dictée de Napoléon , en vue des croisièresennemies, au milieu de la mer, sur un bâtiment sans défense, desproclamations qui invitaient trente millions d’hommes à arborer la ban-nière d’un bataillon , est un fait curieux dans cette période si roma-nesque delà vie de Bonaparte . Enfin , le 1 er mars, mois favori de l’Em-pereur dans ses prospérités , il revit la terre française, et débarqua augolfe Juan. Les habitants ne lui votèrent pas, comme les Calaisiens àLouis XYIII, une plaque de bronze portant l’empreinte du pied qu’ilavait posé sur le sol après vingt-cinq ans d’absence; mais il reçut unbon accueil des paysans que réveilla le bruit du débarquement. Lebivacfut établi dans une plantation d’oliviers. Beau présage, s’écria Napo-léon , puisse-t-il se réaliser! Parmi les habitants qui arrivèrent, l’und’eux avait servi ; il reconnut Napoléon , et ne voulut plus le quit-ter. Eli bien, Bertrand, dit l’Empereur au grand maréchal, voilà durenfort!...
Déjà un capitaine de la garde et vingt-cinq hommes étaient partispour Antibes , avec ordre de s’y présenter comme déserteurs et de sé-duire la garnison. Mais Napoléon avait mal choisi ses négociateurs ;ils entrèrent dans la ville aux cris de vive l'Empereur! et furent dansl’instant désarmés et arrêtés. N’ayant point de nouvelles de ce détache-ment, Napoléon envoya à Antibes un officier civil chargé d'instructionspour le commandant : cet officier trouva les portes fermées, et ne