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Tome second.
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HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1814, 1815. 393

put communiquer avec personne. A onze heures du soir, la petitetroupe que Napoléon appelait la députation de la garde, se mit en mou-vement; les Polonais, à pied , portaient sur le dos l’équipement deschevaux qu’ils allaient avoir, à mesure que l’on en achèterait sur laroute. Après vingt lieues d’une marche continue, Napoléon arriva auvillage de Cérénon le 2 au soir; le 3, il coucha à Barême; le 4, à Di-gne; le 5, à Gap : il ne conserva dans cette ville, pour se garder, quedix hommes à cheval et quarante grenadiers. Ce fut à Gap qu’il fit im-primer les proclamations qu’il avait dictées à bord le 28 février , fautede n’avoir pu déchiffrer lui-même celles qu’il avait écrites à Porto-Fer-rajo la veille du départ. Ces proclamations se répandirent en France avecla plus grande profusion , et produisirent sur la masse de la populationun effet d’autant plus magique qu’il était inattendu. Elles offraient unedisparate singulière avec tout ce qui se faisait alors ; aussi obtinrent-elles soudain le triomphe d’une ancienne habitude sur une nouveauté àlaquelle on est mal disposé : elles portaient le cachet de cette éloquencedes conquérants qui tant de fois avait remué les fîmes des Français en leur prédisant de si prodigieuses choses, ou en les remerciant de lesavoir accomplies : tout le monde y fut pris, les uns par l’étonnement,les autres, et c’était la foule, par l’admiration. C’était sans doute uneétrange merveille jetée tout à coup au milieu de la monarchie des Bour-bons , que Napoléon rentrant en France à la tète de onze centshommes! Le titre de ses proclamations était le titre impérial de sonrègne : Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions del’empire, Empereur des Français. Il avait apparemment oublié sonabdication ; ou plutôt il se croyait dégagé d’un traité que les alliés seproposaient de rompre par la force et contre toute espèce de droit;quelle que fût la pensée de Napoléon , il n’avait pas perdu son talentde parler aux hommes le langage du génie et de la gloire.

PROCLAMATION A L’ARMÉE.

« Golfe Juan, i er mars.

« Soldats,

« Nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangsont trahi nos lauriers, leur pays, leur prince, leur bienfaiteur. Dans