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HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1814, 1815.elle eût trouvé son tombeau dans ces vastes contrées qu’elle avait siimpitoyablement saccagées, lorsque la trahison du duc de Raguse livrala capitale et désorganisa l’armce. La conduite inattendue de ces deuxgénéraux, qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bien-faiteur, changea le destin de la guerre. La situation de l’ennemi étaittelle, qu’à la fin de l’affaire qui eut lieu devant Paris , il était sans mu-nitions, par la séparation de ses parcs de réserve.
« Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon cœur fut déchiré,mais mon àme resta inébranlable, etc.... »
Le G, Napoléon partit de Gap pour Grenoble . A Saint-Bonnet, onallait sonner le tocsin afin de faire lever les villages en sa faveur :
« Non, dit-il aux habitants, vos sentiments me garantissent ceux demes soldats. Plus j’en rencontrerai , plus j’en aurai. Restez-donc tran-quilles chez vous. » A Sisteron , le maire voulut insurger sa communecontre Napoléon ; mais le général Cambronne, arrivé seul en avant deses grenadiers, dont il venait préparer le logement, intimida tellementce magistrat, qu’il s’excusa sur la crainte que ses administrés ne fussentpas bien payés : « Eh bien, payez-vous, » dit Cambronne en jetant sabourse. Les habitants fournirent des vivres en abondance, et offrirentun drapeau tricolore au bataillon de l’île d’Elbe. En sortant de la mai-rie, le général Cambronne se trouva arrêté, avec ses quarante grena-diers, par une colonne envoyée de Grenoble . Il chercha à parlementer :on ne l’écouta pas. Napoléon , instruit de ce contre-temps, s’avançavers la troupe, et fut bientôt rejoint par sa garde, accourue au danger,malgré la fatigue qui l’accablait : « Avec vous, mes braves, leur ditNapoléon , je ne craindrais pas dix mille hommes. » Cependant le ba-taillon de Grenoble, ayant rétrogradé, avait pris position. Napoléon alla le reconnaître et se fit précéder d’un officier qu’on ne voulut pasentendre : On m’a trompé, dit Napoléon au général Bertrand; n importe,en avant! Il mit pied à terre, et découvrant sa poitrine : « S’il en estun parmi vous, dit-il aux soldats de Grenoble , s’il en est un seul quiveuille tuer son général, son Empereur, il le peut; le voici! » Les sol-dats répondirent par acclamation : Vive l’Empereur! et demandèrent àmarcher sur Grenoble avec lui. Ce moment fut décisif pour Napoléon .Un seul coup de fusil enlevait à la postérité le plus étonnant épisode del’histoire de France , et la moindre résistance de la part de ce bataillon