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d’autres peuples. Les soldats salariés du Prince chargèrentleurs mousquets, les officiers de sa maison appareillèrentleurs fusils de chasse, qui se rouillaient depuis que lessujets faisaient eux-mêmes la guerre au gibier dévastateur ;et un mémoire du temps nous dit bonnement que la no-blesse et le haut clergé, qui se trouvaient à la table deSigismond , se levèrent avec regret pour aller voir, par lesfenêtres du bâtiment neuf, ce qui se passait, mais qu’ils neperdirent pas un coup de dent, lorsque le départ desAjoulots leur permit de retourner à table.
Ce rassemblement, en apparence menaçant, n’eut ce-pendant aucun résultat : il était fait sans plan déterminé,les fameux commis l’ignoraient même en partie.
Ils s’y trouvèrent au dernier coup de vêpres. Péquignatmonta sur l’échafaudage du chêne et haranga son mondeen patois ; Lion l’appuya pour le maintien de la paix, etmalgré les instances de Riat, qui était le plus animé, lesAjoulots s’en retournèrent chacun chez eux, non sans crierplus d’une fois : vive la noire Alie, vive la tante Harie (*)et meurent les Craichies.
Les seuls projectiles lancés contre la ville furent des œufsde Pâques , dont l’un alla salir lé gilet brodé en soie duconseiller Marchand, alors dressé sur la muraille près dela porte, et causant avec le maître bourgeois Choullat.Celui-ci était un bon Ajoulot et l’autre un Craichie , valetde cour, qui ne laissa pas de remplacer son voisin au pre-mier poste de la magistrature, lorsque Sigismond eut faitcondamner à mort Choullat, pour avoir défendu les droitsdu peuple.
( ■) Henriette, comtesse de Montbéliard , morte vers 1444, avait donné aupays d’Ajoie sa première lettre de franchises, et depuis lors son nom étaitresté en vénération chez le peuple. — Toute cette anecdote est tirée desmanuscrits de la famille Choulat et Relier ; — de l’Hist. de l’év. de Bâle ,par J. G. Quiquerez ; — des manuscrits de Lucelle ; — de Walch, t. I,p. 143. — Recueil de documens, t, I, p. 110 et autres.