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rentruy, tandis qu’à leur pied on voyait blanchir les tourset les murailles de cette ville.
Déjà les éclairs sillonnaient la nue, et les roulemens dutonnerre annonçaient la tempête ; mais alors, pourquoi lescompagnards différaient-ils de charger ces gerbes dorées,et de conduire leur moisson sous le chaume protecteur deleurs granges ? Pourquoi cette précieuse récolte restait-ellecomme fixée au sol qui l’avait produite, sans qu’un seulvillageois osât y toucher? C’est qu’on n’avait pas encorelevé la dîme, cette rançon sur les fruits de la terre, sur leproduit des animaux privés, et sur le profit légitime del’homme, qui se payait chaque année aux ministres del’Eglise et aux seigneurs temporels, lorsque, par abus,cette redevance leur fut inféodée.
Les moines de Lucelle , les puissans barons d’Àsuel etles impitoyables Augustins de Miserez n’avaient pas encoreenvoyé leurs gens prendre leur part de la moisson, ladixième gerbe qui, en vertu de donation des sires d’A-suel, n’aurait dû appartenir qu’à l’abbaye de Lucelle .Mais ces seigneurs s’étant brouillés avec leurs voisins, ré-clamaient, depuis quelques années, leur part de dîme,l’enlevaient parfois tout entière pour ne pas perdre leursdroits, et les moines , pour conserver les leurs, la levaientune seconde fois, tandis que les Augustins faisaient main-basse sur une autre portion de cette même récolte, sanss’inquiéter des pleurs des paysans qui ne savaient où por-ter plainte, où réclamer assistance; car alors, l’Elsgau ou lePays-d’Ajoie n’appartenait pas en propre à l’Evêché deBâle . C’était une portion de l’ancien comté des Varas-ques dont jouissaient par indivis les comtes de Montbéliard ,de Ferrette et l’évêque de Bâle ( 4 ). Chacun en tirait tout
(') Archives de l’Evêché de Bâle , — Actes de 123'i, 1238, 1271 , 1283,— Tableau chronologique de l’histoire de Montbéliard . Manuscrit.