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ce qu’il pouvait, sans se mettre en peine de ses co-pro-i priétaires, et bien moins encore de la misère des sujets.
| C’était alors le bon vieux tems pour la noblesse et le clergé,et le siècle de fer pour le peuple , qui souffrait presqu’au-tant de l’accord de ses maîtres que de leur désunion,puisqu’il en résultait toujours pour lui la souffrance etl’esclavage.
Pendant que les villageois étaient dans l’inquiétude surle sort de leur moisson, fruit de douze mois de labeurs,le curé de Charmoille sortit du village, précédé de quel-ques enfans portant la bannière et l’eau béni le, et suividu sacristain, armé d’une grosse arbalète et de quelquesflèches renfermées dans une trousse poudreuse. Ils en-tonnèrent le psaume Miserere mei Dem , et se dirigèrentvers la chapelle de Saint-Imicr, où les paroissiens serendirent pendant que leur pasteur bénissait l’arbalète etles carreaux. Le sacristain fit alors jouer le cranequin,tendit la corde de fils, plaça le vire ton dans la coche de lanoix, et lorsque le prêtre, qui priait à haute voix, eutrépété pour la troisième fois : Iterum adjuro vos, grandineset tempestâtes , etc., la flèche partit et disparut dans lanue.... Chacun se signa et dit : Amen, lorsque la cérémo-nie de conjurer le temps fut achevée (I).
Les cloches de Saint-Imier et de Saint-Etienne sonnaientencore; le curé rentrait au village en récitant quelquesprières; le soleil s’était caché derrière les noirs sapins duFahy , et ses rayons ne rougissaient plus que des nuagessombres et menaçans, qui déjà couvraient toute la plaine,lorsque, du côté opposé, s’éleva une autre tempête nonmoins redoutable pour les pauvres campagnards. Bourcardd’Asuel s’avançait à la tête de ses hommes d’armes, etparmi ces gens couverts de fer, on apercevait les jeunesfils du baron, qu’il menait ainsi à la proie, comme l’aigle