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» à Lucelain et Bourcard la reçut moult liésment et so-» lempnellement de rechef l’épousa ( 1 )
Or, Ilélinaud, qui avait été quérir la demoiselle , étaitun beau jeune moine, « bien appert es sciences, » lisantet écrivant pour ses confrères, tous forts ignorans, si l’ondoit en croire les règlemens du couvent qui les obligeaientde savoir leur catéchisme et lire quelque peu pour êtreadmis à la prêtrise ( 2 ).
Hélinand était plus instruit que cela, car c’était un deces moines érudits, employant leurs loisirs à l’étude dupeu d’ouvrages anciens qu’on connaissait alors, et les co-piant surtout avec un art admirable. Mais comme sa nais-sance était obscure et incertaine, les religieux de Lucelle ,presque tous nobles, ne le souffraient qu’à cause de sonutilité et de la protection que lui accordait l’abbé. Celui-ci,aussi peu versé dans les sciences que le reste des habitansdu monastère , avait recours aux connaissances d’Héli-nand , l’employait souvent comme secrétaire et se trouvaitsouvent obligé de lui demander ses avis. Les moines ja-loux l’auraient volontiers réduit à la condition des frères-lais , de même extraction que lui, qu’ils faisaient travaillerà la culture des terres de l’abbaye, pour y gagner leur vieà la sueur de leur corps, tout en servant les intérêts de lacommunauté. Ces pauvres frères en embrassant la vie mo-
( ■ ) Usages tirés de Joinville, Froissart, et autres anciens auteurs.
(’) Acte de visite de l’ab. de Lucelle, 1580. Arcliiv. de Lucelle , n° 108.« IUud etiam magnum esse incommodum existimavimus quod omnes fere» monachos adeo litterarum ignaros comperimus, ut vix, aut ne vix qui-» dem ad missam cœlebrandam idonei censeri possint ; quare ne in poste-» rum monachi segnem et inertem vitam ducant, et in crassa ejus modi» ignorantia educentur... etc. » Autre acte de visite de 1598. « Nullus ad» sacros ordines proinoveatur nisi ætate légitima et memoriter teneat cate-» chismum romanum et commode latine legcre queat.» Trithemius dans sachronique d'IIissange, Muller et plusieurs autres historiens, nous fournis-sent bien d’autres preuves de la profonde ignorance des moines.