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nastique ne faisaient que troquer leur surcot de toile con-tre le froc des cisterciens.
La haine des Bernardins ne coulait pas sur le cœurd’IIélinand sans y laisser de traces : lui aussi les mépri-sait, non à cause de leur naissance, bien qu’il en comprîttoute la vanité, mais à raison de leur ignorance et de leurconduite privée, qui, déjà alors, s’écartait sensiblementde la règle de Saint-Bernard (*); son mépris s’étendaitnon-seulement sur ses frères, mais encore sur le barond’Asuel , qui partageait leur manière de voir et le traitaitcomme un pauvre valet d’église.
Lors même que Hélinand aurait été doué de toute l’hu-milité possible et de la plus grande abnégation de soi-même , les traitemens qu’on lui faisait éprouver auraient àeux seuls réveillé ce sentiment inné qui fait que l’hommes’égale ou se met au-dessus de ses semblables par son mé-rite personnel, et non par sa naissance. Et d’ailleurs, cemoine était homme faible de sa nature et enclin au mal.L’envie et la haine se glissèrent dans son cœur, sans qu’ils’en aperçut d’abord; elles y prirent place, s’y logèrentsourdement, et peut-être ne se serait-il jamais aperçudes sentimens qu’il recelait., si l’abbé Conrad ne l’avaitchoisi pour aller chercher Adélaïde de Thierstein, avec levieux Luthold.
C’était exposer à une dure épreuve un reclus jeune etardent, que de lui confier la mission d’amener une belledemoiselle à ce haut baron , qui tant le méprisait. Cepen-dant Conrad de Ratolsdorf avait eu plus de confiance en
(') Lettre de l’abbé Conrad de Lucelle à l’abbé Conrad de St. Urbain.W'alch. tom. II, p. 402 , année 1106.
« Inter cœtera Deum prœ occulis habete et cavete ne multitudo nobilium» in caritatis vestre cœtu conversari volunt humiliœ institutœ nostri op-» primant paupertatem, divitessunt, potentes sunt, multi sunt, divinam» igitur super eos implorale clemenliam, etc. »