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LIVRE XII.

au pape ; il arrangera vos affaires. Mais faites ce qu'il vous demande,car il a besoin de ce qu’il vous demande pour réussir. » Il disait aupremier consul : « Prenez un peu de patience. Le pape est le plussaint, le plus attachant des hommes. Il veut vous satisfaire, maisdonncz-lui-en le temps. Il faut habituer son esprit et celui des car-dinaux aux propositions absolues que vous envoyez ici. On est à Rome plus croyant que vous ne le pensez. Il faut mener cette cour avecdouceur. Si nous la brusquons, nous lui ferons perdre la tête. Elle sejettera dans une résolution de martyre, comme la seule ressource desa situation. » Ces sages conseils tempéraient l'impétuosité du premierconsul, et le disposaient à souffrir patiemment le méticuleux examende la cour de Rome.

Enfin, quand le travail fut achevé, le pape et le cardinal Consalvi curent plusieurs entretiens avecM. de Cacaull. Ils lui communiquèrentle projet romain. M. de Cacault, le trouvant trop distant du projetfrançais , fit des efforts réitérés pour obtenir des modifications. Il fallutrecourir une seconde fois à la congrégation des douze cardinaux, cequi prit encore beaucoup de temps, de manière que, sans obtenir denotables résultats, M. de Cacault contribua lui-même à faire perdreun mois entier. Enfin, on se mit d'accord autant que possible, et onaboutit à un projet, dont les différences avec le projet du premierconsul étaient les suivantes.

La religion catholique serait déclarée en France religion de l'État;les consuls la pratiqueraient publiquement; il y aurait une nouvellecirconscription diocésaine, et seulement soixante sièges, comme levoulait le premier consul. Le pape s'adresserait aux anciens titulairespour leur demander leur renonciation volontaire, en s’autorisant del’offre de démission par eux faite à Pie VI en 1790. 11 était probablequ’un très-grand nombre la donneraient, et alors les sièges vacantspar mort ou par démission fourniraient au gouvernement français uneample liste de nominations à faire. Quant à ceux qui la refuseraient,le pape prendrait les mesures convenables pour que l’administration deleurs sièges ne restât pas dans leurs mains.

L’excellent pontife disait au premier consul, dans une lettre touchantequ’il lui adressait : « Dispensez-moi de déclarer publiquement que jedestituerai de vieux prélats, qui ont souffert de cruelles persécutionspour la cause de l'Église. D'abord, mon droit est douteux ; seconde-ment, il m'en coûte de traiter ainsi des ministres de l’autel, ma*