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LIVRE XII.

Il manda l'abbé Bernier, monsignor Spina, et M. de ïalleyrand à laMalinaison. II leur déclara qu'il n’avait plus confiance dans les dispo-sitions de la cour de Rome ; que chez elle le désir de ménager les .émigrés l’emportait évidemment sur le désir de se réconcilier avec la IFrance, et l'intérêt de parti sur l'intérêt de la religion ; qu'il n'enten- !dait pas que l’on consultât des cours ennemies, et peut-être même les jchefs de l'émigration, pour savoir si on traiterait avec la républiquefrançaise ; que l'Église, pouvant recevoir de lui d'immenses bienfaits,devait les accepter ou les refuser sur-le-champ, et ne pas retarder lebien des peuples par d’inutiles hésitations ou par des consultations plusdéplacées encore ; qu’il se passerait du saint-siège, puisqu’on ne vou-lait pas le seconder ; que sans doute il ne rendrait pas à l’Église les joursde la persécution, mais qu'il livrerait les prêtres à eux-mêmes, en sebornant à châtier les turbulents, et en laissant les autres vivre commeils pourraient; qu'il se considérerait, relativement à la cour romaine,comme libre envers elle de tout engagement, même des engagementscontenus dans le traité de Tolcntino, puisque, de fait, ce traité avaitdisparu le jour de la guerre déclarée entre Pie VI et le directoire P Endisant ccs paroles, le ton du premier consul était froid, positif, atterrant.

Il fit entendre, par les développements ajoutés à cette déclaration, que jsa confiance dans le saint-père était toujours la même, mais qu’il im- !putait les lenteurs qui le blessaient, au cardinal Consalvi et à l’entou- 1rage du pape.

Le premier consul avait atteint son but, car le malheureux Spinaavait quitté la Malmaison dans un véritable désordre d’esprit, et s étaitrendu en hâte à Paris , pour écrire à sa cour des dépêches toutes pleinesde l'épouvante dont il était rempli lui-même. M. de Talleyrand , deson côté, écrivit à M. de Cacault une dépêche conforme à l’entretiende la Malinaison. Il lui enjoignit de se rendre auprès du pape et ducardinal Consalvi , de leur déclarer que le premier consul, plein deconfiance dans le caractère personnel du saint-père, n’en avait pasautant dans son gouvernement ; qu'il était résolu à interrompre unenégociation trop peu sincère, et que lui, M. de Cacault, avait ordrede quitter Rome sous cinq jours, si le projet de concordat n était pas jadopté immédiatement, ou netait adopté qu’avec des modifications. ;M. de Cacault, en effet, avait pour instruction de se retirer dans ce jdélai à Florence , et d'attendre là que le premier consul lui fît connaître |ses volontés.