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LITRE XXTU
incroyable de nos soldats, par l’ambition extraordinaire qu’on avait suexciter chez eux, en leur ouvrant cette carrière immense, dans laquelleon pouvait entrer paysan comme les Sforze, pour en sortir maréchal,prince, roi, empereur! Il est vrai que ce dernier lot était seul de sonespèce dans la nouvelle urne de la fortune ; mais s’il n’y avait qu’unempereur, devenu tel au prix d’un prodigieux génie, que de ducs oude princes, dont la supériorité sur leurs compagnons d’armes n’était denature à désespérer personne !
Les lettres interceptées des officiers prussiens étaient pleines à cetégard de réflexions étranges. L’un d’eux, écrivant à sa famiile, luidisait : •* S’il ne fallait que se servir de ses bras contre les Français,
» nous serions bientôt vainqueurs. Ils sont petits, chétifs ; un seul de» nos Allemands en battrait quatre. Mais ils deviennent au feu des» êtres surnaturels. Ils sont emportés par une ardeur inexprimable,
» dont on ne voit aucune trace chez nos soldats... Que voulez-vousj faire avec des paysans menés au feu par des nobles, dont ils parta-» gent les dangers sans partager jamais ni leurs passions, ni leurs» récompenses 1 ? »
Ainsi se trouvait dans la bouche des vaincus, avec la glorification denotre bravoure, la glorification des principes de notre révolution. Le roide Prusse, en effet, réfugié aux contins de son royaume, préparait uneordonnance pour introduire l’égalité dans les rangs de son armée, et yeffacer toutes les distinctions de classes et de naissance. Singulierexemple de la propagation des idées libérales, portées aux extrémitésde l’Lurope par un conquérant qu’on représente souvent comme legéant qui voulait étouffer ces idées. Il en avait comprimé quelques-unes à la vérité, mais les plus sociales d’entre elles faisaient à sa suiteautant de chemin que sa gloire.
Toujours porté à donner aux choses l’éclat de son imagination,Napoléon , qui avait projeté, au lendemain d’Austerlitz, la colonne dela place Vendôme , l’arc de triomphe de l’Ltoile, la grande rue Impé-riale, décréta, au milieu de la Prusse conquise, l’érection d'un monu-ment qui est devenu depuis l’un des plus grands de la capitale, letemple de la Madeleine.
Sur l’emplacement qu’occupe aujourd’hui ce temple, et qui formeavec la place de la Concorde un ensemble si magnifique, on devait
* Nous rapportons ici fidèlement le sens d’une quantité de lettres, qui ont étéconservées en original dans les innombrables papiers de Napoléon au Louvre.