SECOND DIALOGUE.
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de son propre fait, vivant dans l’adversité. S’il étoittel qu’on nous le représente , la prospérité de sesennemis , l’opprobre dont ils l’accablent, l’impuis-sance de s’en venger, l’auroient déjà fait périr derage. Il n’eût trouvé, dans la solitude qu'il cherche,que le désespoir et la mort. Il y trouve le reposd’esprit, la douceur d’àme, la santé, la vie. Tousles mystérieux arguments de vos messieurs n’ébran-leront jamais la certitude qu’opère celui-là dansmon esprit.
Mais y a-t-il quelque vertu dans cette douceur?aucune. Il n’y a que la pente d’un naturel aimantet tendre , qui, nourri de visions délicieuses, nepeut s’en détacher pour s’occuper d’idées funesteset de sentiments déchirants. Pourquoi s’affligerquand on peut jouir? pourquoi noyer son cœurde fiel et de bile, quand on peut l’abreuver debienveillance et d’amour? Ce choix si raisonnablen’est pourtant fait, ni par la raison, ni par la vo-lonté ; il est l’ouvrage d’un pur instinct. Il n’a pasle mérite de la vertu, sans doute, mais il n’en apas non plus l’instabilité. Celui qui durant soixanteans s’est livré aux seules impressions de la nature,est bien sûr de n’y résister jamais.
Si ces impulsions ne le mènent pas toujours dansla bonne route, rarement elles le mènent dans lamauvaise. Le peu de vertus qu’il a n’ont jamaisfait de grands biens aux autres, mais ses vices bienplus nombreux ne font de mal qu’à lui seul. Sarmorale est moins une morale d'action que d’ab»-tinence ; sa paresse la lui a donnée, et sa raison27 . 4