SECOND DIALOGUE.
87
plus funestes désordres, on insultât aux misères dugenre humain en donnant les plus criminels abuspour les lois dont ils sont la ruine. Sa colère contreles brigandages publics, sa haine contre les puissantsfripons qui les soutiennent, son intrépide audace àdire des vérités dures â tous les états, furent autantde moyens employés à les irriter tous contre lui.Pour le rendre odieux à ceux qui les remplissent,on l’accusa de les mépriser personnellement. Lesreproches durs , mais généraux , qu‘il faisoit a tousfurent tournés en autant de satires particulières donton ht avec art les plus malignes applications.
Rien n’inspire tant de courage que le témoignaged’un cœur droit, qui tire de la pureté de ses inten-tions l’audace de prononcer hautement et sans craintedes jugements dictés par le seul amour de la justiceet de la vérité : mais rien n’expose en même tempsà tant de dangers et de risques de la part d’ennemisadroits que cette même audace, qui précipite unhomme ardent dans tous les pièges qu’ils lui ten-dent ; et, le livrant à une impétuosité sans règle,lui fait faire contre la prudence mille fautes où netomba qu’une âme franche et généreuse , mais qu’ilssavent transformer en autant de crimes affreux. Leshommes vulgaires , incapables de sentiments élevéset nobles, n’en supposent jamais que d’intéressésdans ceux qui se passionnent 5 et, ne pouvant croireque l’amour de la justice et du bien public puisseexciter un pareil zèle , ils leur controuvent toujoursdes motifs personnels, semblables à ceux qu’ils ca-chent eux-mêmes sous des noms pompeux, et sans