SECOND DIALOGUE.
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dans le complot et ne pas haïr Jean-Jacques, voientcependant en lui tout ce que disent y voir ses plusmortels ennemis ; comme s’il en ayoit qui convins-sent de l’être et ne se vantassent pas de l’aimer ! Enme faisant cette objection, vous ne vous êtes pasrappelé celle-ci qui la prévient et la détruit. S’il ya complot, tout par son effet devient facile à prou-ver à ceux mêmes qui ne sont pas du complot ; et,quand ils croient voir par leurs yeux, ils voient,sans s’en douter , par les yeux d’autrui.
Si ces personnes dont vous parlez ne sont pas demauvaise foi, du moins elles sont certainement pré-venues comme tout le public, et doivent par celaseul voir et juger comme lui. Et comment vos mes-sieurs, ayant une fois la facilité de faire tout croire,auroient-ils négligé de porter cet avantage aussi loinqu’il pouvoit aller? Ceux qui, dans cette persuasiongénérale, ont écarté la plus sûre épreuve pour dis-tinguer le vrai du faux, ont beau n’être pas a vosyeux du complot, par cela seul ils en sont aux miens jet moi, qui sens dans ma conscience qu’où ils croientvoir la certitude et la vérité, il n’y a qu’eireur, men-songe , imposture , puis-je douter qu’il n’y ait deleur faute dans leur persuasion, et que, s’ils avoientaimé sincèrement la vérité, ils ne l’eussent bientôtdémêlée a travers les artifices des fourbes qui lesont abusés ? Mais ceux qui ont d’avance irrévoca-blement jugé l’objet de leur haine , et qui n*en veu-lent pas démordre, ne voyant en lui que ce qu’ils yveulent voir, tordent et détournent tout au gré deleur passion ; et, à force de subtilités , donnent aux
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