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d'environ 3oo pas, comptée du sentier. L 'Aar se précipite avec un fracasépouvantable d'un seul saut, du haut de ce gouffre au fond , ce qui fait un bour-donnement continuel. J’ai vu de plus belles chûtes , jamais de plus effrayantes ;le lieu seul inspire la terreur , la noirceur des rochers couronnés de larix plusnoirs encore ; le bruit de ces eaux fougueuses ; la sombre forêt à travers laquelleon doit percer , tout contribue à rendre ce lieu le plus terrible peut-être dela Suisse . .
Une montée pénible nous conduisit à une grande baraque : les pâtres qui1 habitent,. en été, nous conduisirent au lieu où Y Aar se précipite dans le susditgouffre. Deux sapins servent de pont, un troisième de balustrade ; cettechétive construction sur laquelle on n’oserait poser le pied, avant que le mon-tagnard ne vous ait enhardi , se trouve au-dessus du précipice dont je viens deparler, et précisément là où se fait la chute. Les yeux se lassent bientôt au fonddé cet abîme , et nous retournâmes à la cabane, où l’on peut obtenir du vin , deïa bierre ou du lait. Ces hommes hospitaliers ne reçoivent pas souvent de visitedans leur désert ; ils travaillent avec beaucoup de goût toutes- sortes de petitsouvrages en bois , tels que gamelles, cuillières, fourchettes , etc. qu’ils vendentaux voyageurs. Nous quittâmes ces braves gens , en nous dirigeant vers l’hospice ;une petite chûte de la Groslauïrm retint, ce qui me donna de la peine à retrouver-mes compagnons ;Ja route devient plus terrible et plus difficile à mesure qu’onavance : on passe par-dessus de grandes masses unies et arrondies de granitdans lesquelles on a taillé des pas , pour les passer sans danger. Trois fois ontraverse Y Aar par des ponts solides. J’eus le courage de soutenir pendant unedemie heure le froid glacial qui règne dans ces lieux vers le soir, pour fairele dessin d’un de ces ponts, jetais resté seul dans ce désert; la nuit appro-chait , tout ce qui m’envirronnait était calme ; rien ne vit, pas un seul sapin,les oiseaux n’égaient jamais ces lieux par leurs chants r les rochers sont décou-verts, les mugissemens des eaux de Y Aar , seuls interrompent quelques, foisle bruit que font mes souliers^ garnis de clous sur ces granits nuds. Cependantun pâturage alpêstre se présente de loin à ma vue; quelques chalets le garnissent,mais la nuit tombante m’empechait d’y porter mes pas pour voir s’il y avaitdes habitans ; je me trouve bientôt sur un sentier très-étroit, ayant à madroite les pans clés rochers et à ma gauche les eaux de Y Aar qui au fond d’unprécipice se jettent de cascade en cascade. La nuit ne me permit déjà plus de