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rien appercevoir ; la neige se trouve sous mes pieds , ce qui demande encore uneattention , car quand on monte ou descend une masse de neige il faut faireun grand pas pour ne pas tomber , la dernière croûte se trouvant ordinaire-ment élevée de deux pieds se détache souvent sous le poids de l’homme. Jetrouvais ma situation un peu pénible; fallait-il avancer dans ces périlleux passans savoir si je tenais la bonne route , ou fallait-il passer la nuit sous un quartierde roche ? je me décidais à avancer avec précaution ; je traversais une deuxièmemasse de neige; sa blancheur me laissant appercevoir une longue perche, je medirige vers cet endroit, elle était plantée entre des morceaux de roche : sansen connaître la signification, ce rien qui m’indiquait quelque chose construitepar des hommes fortifiait mon courage; je me courbais pour mieux voir , j’ap- /perçus une deuxième et de la même manière une troisième, quatrième etc , quiine conduisirent dans une espèce de vallée à ma gauche, où enfin je vis une lu-mière et entendis des hommes ; ce furent mes camarades qui sortaient de l’hos-pice avec leur guide, pour aller à ma recherche. Quelques petits reproches mefurent bien mérités ; l’hôte de l’hospice , son bonnet fourré à la main me reçutà sa porte et débouchait également quelques mots sur mon imprudence. J’ytrouvais pour toute augmentation de compagnie deux anglais , dont l’un me parutun officier militaire. Ils nous assuraient que le Grimsel était beaucoup plus dif-ficile à monter que le grand St.-Bei'nard. Notre souper consistait en une bonnesoupe au riz , de la viande avec dès pommes-de-terre et une salade d’une espècede persil, l’unique verdure qui se trouve en assez grande quantité sur cesrochers ; elle me goûtait bien, d’ailleurs tout est bon ici.
Cet établissement est sans doute le plus désagréablement situé et le plussauvage qu’il soit possible de trouver dans toutes les Alpes ; mais ses habitansqui sont du Oberland sont en révanche des plus obligeans qu’on puisse désirer.
On est toujours assuré d’y trouver après ses peines, des soins et une prévénance quicontrastent singulièrement avec ce désert sauvage. On y est très-bien logé , enfinquant à moi je ne pourrais désirer mieux ; ma cellule à l'étage supérieur, donnevue par derrière avec une croisée , contre le rocher partiellement couvert deneige. Je passais une bonne nuit.
11 Août.
Dès quatre heures et demie du matin , je fis l’inspection des environsde cette singulière demeure et en faisais un petit dessin nonobstant le froid