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passera pas l’hyver, descendent des deux côtés dans les naomens critiques et vontà la recherche des voyageurs qui pourraient être égarés par les brouillards, ousurpris par le froid , ou qui même sont ensevelis dans les neiges. Ces chiens quisont d’une taille extraordinaire, au poil blanc et qui résistent au plus grand froidles y découvrent, ils portent quelquefois avec eux deux vases à liqueurs restau-rantes. Outre ce chien vétéran on y instruit trois autres d’une race différente à lapremière, dont on ne peut plus en obtenir.
L’hospice est très-ancien; il a remplacé un temple de Jupiter Pennin, mais onen ignore la date précise. Il fut restauré en 869 par Bernard de Menthon . Dep-ping dit que « lorsqu en 1077, dans le cœur de l’hyver, le débonnaire empereurHenry IV traversa le St.-Bernard avec sa femme pour faire pénitence devantle fougueux pape Grégoire VII , l’hospice était désert; les valaisans à force detravail y firent parvenir les voyageurs couronnés ; mais on eut des peines in-finies pour les faire descendre sur le revers de la montagne. On tua des bœufset sur les peaux encore chaudes on plaça l’impératrice et ses femmes; des pay-sans s’attelèrent à cette espèce de trainaux, et ce fut ainsi que les dames de lacour , transies de froid et de peur arrivèrent au bas.
En 1800 le 17 mai, Napoléon passa le St.-Bernard avec 3 o,ooo hommes etun parc d’artillerié. Cette armée arrivée au col, entourait cet asile, et d’aprèsles ordres du général et les soins des respectables cénobites , tous les soldatsreçurent de quoi se désaltérer et appaiser leur faim : le pain , le fromage etle vin furent distribués sur la neige ; on y faisait un repas inattendu, dont onavait grand besoin. A ce tableau se joignait celui du terrain, couvert de ca-nons , affûts, caissons, traineaux , brancards, mulets, chevaux , bagage et toutautre attirail de guerre , sur un plateau glacé, dominant l’Italie . On a fort exa-géré les difficultés de cette traversée, le principal mérite du général, fut, d’avoirapprécié ces difficultés à leur juste valeur.
19 Août.
A cinq heures nous nous découchâmes , notre première œuvre fut d’ouvrir lescroisées , mais un brouillard épais nous empêchait de voir à six pas de nous.Sortis par la, porte de derrière. une petite barraque à vingt pas de l’hospicefut le premier objet qui se présentait à notre curiosité ; mais quel affreux spec-tacle , quand nous mîmes la tête à la grille; une masse d’ossemens humains