LE MOUTON.
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RACE KEVV-LEICESTER.
Vers le milieu de septembre, les animaux étaient envoyés à leur destination dansdes voitures suspendues sur des ressorts, et au commencement de décembre, lesdétenteurs étaient tenus de les ramener en bon état; mais si un bélier venait à mou-rir, par une cause quelconque, entre les mains de celui qui l’avait loué, la perteretombait sur le propriétaire. Tout ce système, qui repose sur une admirable con-fiance et une bonne foi mutuelle, contribua puissamment à la diffusion de la nou-velle race. Les contemporains et les successeurs de M. Bakewell adoptèrent lemême plan de conduite, et les sommes dépensées par des éleveurs de tous les points,pour se procurer, par ce moyen si simple, la nouvelle race dont le Leicester était lecentre, sont vraiment inconcevables. Jusqu’à présent, le même usage a été suivipar des éleveurs de la première distinction, dont quelques-uns ont acquis, à la mortde Bakewell , sa souche incomparable, et l’ont conservée, jusqu’à ce jour, purede tout mélange. Ce système 11 e resta pas confiné dans le comté de Leicester, il s’é-
tendit, au contraire, aux autres parties du royaume. M. Collet, qui a été l’élève deBakewell , l’établit d’abord sur une vaste échelle, au nord de l’Angleterre, dans lecomté de Norlhumberland, et divers éleveurs, dont les troupeaux se sont acquisune réputation suffisante, l’ont également adopté, de telle sorte qu’aujourd’hui onaurait peine à trouver un district de moutons Longue-Laine, dans lequel un ou plu-sieurs éleveurs ne pratiquassent pas la spéculation de louer des béliers. Non-seule-ment ce système a facilité la diffusion de la nouvelle race, mais il a puissammentcontribué à conserver sa pureté et sa bonté; car il est toujours profitable qu’une cer-taine classe d’éleveurs concentre son attention sur la production des béliers, commeprofession distincte, et introduise par-là, dans la pratique agricole, une division dutravail éminemment favorable aux perfeclionnemens.
On peut affirmer que la formation de la race ovine New-Leicester forme une èredans l’histoire économique des animaux domestiques, et suffit pour immortalisercelui qui eut à la fois et le génie de la concevoir, et Je courage de l’achever. 11 n en ré-sulta pas seulement la création d’une race artificielle, mais l’établissement de pi inci-pes qui sonld’une application universelle dans la productiondes animauxde bouche-rie. Cette race a démontré qu’il y avait d’autres qualités que la t aille, la nature etl’abondance de la laine, qui rendaient une souche de moutons profitableà I éleyem ,qu’une disposition à s’assimiler facilement la nourriture et à obtenir une maturitéprécoce, sont des propriétés essentielles à considérer; que ces piopiiélés ont unrapport constant avec une conformation donnée, qui peut êtie communiquée desreproducteurs aux produits, et rendue permanente au moyen de 1 accouplementavec des animaux auxquels cette conformation a été transmise. Bakewell a certai-nement poussé l’application de ces principes aussi loin que puisse le faire un éleveurde moutons avec certitude et profit. Considérant la symétrie des formes et le dé-