86 RÉPONSE
d’après le calcul du nombre des brins à réserver et de leurdistance moyenne , que j’avais supposé l’arpent sans bali-veaux. Mais si l’on veut absolument qu’il en soit garni , il estégalement clair qu’alors la quantité des brins à réserver dimi-nuera proportionnellement à l’espace occupé par les baliveaux.
Les vingt-trois arpens dont j’ai fait mention ne sont pointbordés par une grande route ; ils ne le sont , de deux côtés ,que par un chemin de desserte large de quinze à dix-huitpieds , sur lequel je n’ai point fait déposer la dépouille deVéclaircie. Mais où la placer , cette dépouille , me dit-on ,lorsque le bois aura atteint soixante-quinze à quatre-vingtsans ? Dans les clairières , qui ne sont que trop abondanteslorsque la forêt a été surchargée de baliveaux , dans les routesdont, les bois d’une certaine étendue sont et doivent être percés,si l’on veut qu’ils prospèrent (i). L’auteur n’a pas fait atten-tion qu’à mesure que les bois vieillissent et grossissent , lenombre des brins à éclaircir diminue , et les intervalles aug-mentent.
L’article le plus important sur lequel nous différons abso-lument d’opinion , M. de B.et moi , concerne les futaies.
Suivant lui , les futaies en masse sont plutôt la destructionque la conservation des bois. Il en conclut la proscription desfutaies eri massifs, et leur substitue ce qu’il nomme des futaiessur taillis , c’est-à-dire les baliveaux.
.l’estime au contraire que le rétablissement des futaies enmassif est le seul moyen de nous sauver de la disette absolueoù nous sommes prêts à tomber relativement au bois de ser-vice pour la marine, pour les bâtimens civils et pour les ou-vrages de fente, qui consomment annuellement une quantitéimmense de gros bois , sur-tout dans les pays de vignoble.
Je crois fermement, d’après le rapport des plus habilesforestiers pratiques que j’ai interrogés, d’après les nombreuseset savantes expériences des Duhamel et Buffon , que lesbaliveaux sont destructeurs des taillis ; et si j’osais parler demes propres observations après avoir cité des autorités aussi
(i) Nul doute que les grandes forêts ne doivent être perce’es de routesallignées. Elles favorisent l’exploitation et l’exportation , elles divisent lescoupes avec plus de justesse ; par elles on évite les charrières tortueusesqui occupent au moins autant d’espace , parce que , dès qu’elles sontdétériorées par les ornières , ou en change. Tout excès est blâmable sansdoute , mais il ne faut pas non plus trop épargner les routes droites dansles forêts. Le terrain qu’elles occupent n’est point perdu pour la végéta-tion des arbres qui y insinuent leurs racinef.
Dans les provinces de l’intérieur il est à propos , autant qu’on le peut }de percer ces routes dans la direction du midi au nord.