SANS CONDITIONS CONSERVATRICES. 1 iS
abandonnant les racines et les vieilles souches auxouvriers. Néanmoins je porterai cettedépense à 70 1 .,et pour cent arpens à 7000 liv. Cette dernière somme ,réunie aux 8000 liv. de première avance , forme untotal de 16080 liv., et c’est en cela seul que consistenttoutes les avances du défricheur pour se faire un re-venu de cent pistoles.
Mais les terrains défrichés donnent, on le sait,pendant les premières années , et sans engrais addi-tionnels , des productions incomparablement plusabondantes qu’elles ne le sont par la suite , et voilà cequi séduit la plupart des défricheurs. S’il était pos-sible que ces terres conservassent leur première fer-tilité , ce n’est plus à raison de ioliv. qu’elles seraientaffermées, mais à raison de 3 o liv. au moins ; carsouvent il arrive , et je l'ai éprouvé , que les trois ouquatre premières récoltes dédommagent des frais dedéfrichement (1).
(i) Je puis attester le fait suivant , qui d’ailleurs est notoire en Bresse *Ayant fait , en 1769 , l’acquisition d’un petit fief du nom de Félicia ypour le réunir à une terre dont mon père m’avait abandonné la disposition,l’acquisition fut de 10,000 1 . ; il n’était alors afïermé que 3 oo 1 *, y comprisles bois qui en dépendaient , et que l’on coupait, suivant l’usage du pays,tous les neuf ans.
J’en fis défricher environ vingt arpens , dont , à la vérité , une grandepartie était réductible en près , qui sont infiniment précieux en Bresse .Mon père ayant vendu sa terre huit ans après , Félicia entra pour 3 o,ooo 1 .dans la vente , mais les trois premières récoltes m’avaient dédommagéentièrement des frais de défrichement , malgré un accident que j’essuyaidès la première année ? et dont je vais parler , si l’on veut me permettrecette digression.
J’avais fait semer quatre arpens environ de cinq espèces de froment ,très-différentes de celles qu’on cultive dans ma province , et dont les se-mences , que j’avais multipliées et conservées pures , m’avaient été en-voyées , trois ans auparavant , d’Alicate en Sicile . Je crus faire desmerveilles d’en couvrir mes quatre arpens , qui venaient d’être défrichéssur le bas d’un coteau. J’eus le chagrin de voir presque tout périr de lagelée , et ce fut le seul blé du canton que la gelée eût endommagé. Cetaccident me dégoûta totalement des blés du midi. Peut-être eus-je tort ,peut-être avais-je choisi un terrain encore trop humide. Quoi qu’il eusoit , ces blés m’avaient paru , l’année précédente ? de la plus grandebeauté ; tous avaient des tiges de près de six pieds , la paille en étaitgrosse et forte ; les épis bien garnis et tous barbus ? les grains trfcs-g*os.