SECOND MÉMOIRE. 73
je suis en état de donner l’histoire de ses expériences.
» Dans le gouvernement d’Aigle on greffe beau-coup de châtaigniers 3 on les plante à une assez grandedistance les uns des autres pour que l’air y circulelibrement, et le terrain au-dessous des châtaignierssert de pâturages aux vaches et aux chevaux.
» M. le juge Veillon entoure ses terres et ses pâtu-rages de fossés profonds ; la terre qui en est extraite ,jettée en dedans de l’héritage, y forme une berge , etj’ai vu ces berges de terre bien pressée et bien battueavoir l’aspect d’un mur haut de quelques pieds.
» M. veillon s’apperçut que , sur la crête de cesberges, il s’élevait quelques mélèzes, venus delàgraine apportée par les vents ; c’est ce qui lui donnala première idée de faire dans la vallée une planta-tion de mélèze. Il n’eut besoin ni de semer, ni detravailler la terre ; il ne fit que sacrifier le revenude son pâturage, dont il interdit l’entrée à ses vaches,et à présent il y croît des mélèzes entre les châ-taigniers. 11 me les fit voir en 1778; les plus groset les plus anciens sont placés sur le sommet desberges.
» Tout est expliqué par cette expérience. Le mé-lèze est un très-grand arbre; lorsqu’il a acquis saforce , il détruit les arbres , et même les plantes deson voisinage.
» Le mélèze'est intolérant , si je puis me servir decette expression. En effet, dans les bois de mélèzesque j’ai vus , il n’y a point de grandes herbes ni debroussailles à leurs pieds, comme dans les bois dechênes ou de hêtres.
» Les pins et les sapins sont aussi des arbres into-lérans , tous les montagnards l’ont remarqué : la mêmeobservation se trouve dans les ouvrages de Haller,de Pallas , etc. , et je sais par des gens qui ont par-couru les forêts de l’Amérique , que le pin de Wcy-inoutli est aussi un arbre intolérant.
}> Mais ce même mélèze, lorsqu’il est jeune, est