74 QUALITÉS COMPARÉES DES BOIS.
un arbre délicat auquel nuit le voisinage des autresarbres et plantes.
» Cela posé , il est aisé de concevoir comment lagraine de mélèze , apportée par les vents , ne produitpoint, dans les environs, de jeunes mélèzes.
» Si ces graines tombent dans les bois de sapins,qui sont les plus voisins, l’intolérant sapin ne permetpas au mélèze de s’y établir.
» Si elles tombent plus bas , mais toujours sur lacôte, ce sera dans des bois de chêne, qui n’est pasun arbre intolérant; mais ces bois sont excessive-ment fourrés , pleins d’épines, de ronces , de fram-boisiers , de noisetiers , d’épines-vinettes , au milieudesquels une plante aussi délicate que le jeune mé-lèze ne saurait s’élever.
» Quant aux graines que le vent emporte jusquedans la vallée, elles y trouvent trois sortes de ter-rains ; des terres labourées , des vignes et des pâtu-rages.
i> Dans la terre labourée , les petits mélèzes qui ylèvent sont renversés par le soc de la charrue ; dansles vignes , ils sont arrachés comme de mauvaisesherbes par les sarclcurs ; dans les pâturages , ils sontmangés ou foulés aux pieds par les vaches ou leschevaux; je ne dis pas par les moutons et les chèvres,parce que dans ce pays-là je n’ai vu paître les mou-tons et les chèvres qu’au haut des montagnes. Le ha-sard a fait croître quelques mélèzes chez M. le jugeVeillon , parce que la crête élevée sur laquelle leurgraine avait germé, les tenait loin de la portée dupied ou de la dent des vaches.
» Le même événement s’est répété sans doute dansd’autres pâturages ; mais le mélèze, qui, dans sajeunesse, ressemble à une hérbe, n’a point attirél’attention des propriétaires ; il fallait que le fait ar-rivât chez un agriculteur naturaliste, tel que M. Veil-lon , et qui eût assez de vertu pour sacrifier son utilitéparticulière à une grande utilité publique.