SECOND MÉMOIRE. Bj
présumer que celui-ci serait propre au charronnage.Lorsque le tenon d’un bois dur et qui fléchit peu, telque le chêne, est enfoncé à grands coups dans la mor-taise d’un bois dont les libres sont coutranchées, cesfibres, forcées de céder à l’impulsion , réagissent en-suite contre le tenon , et le serrent comme dans unétau.
M. l’abbé Rozier s’élève avec raison contre l’usagedes charrons, qui, pour les moyeux , et même pourles jantes de leurs roues, n’emploient que de l’ormevert, ou qu’ils ont soin de tenir dans l’eau , au moinsdans un lieu très-frais , par la crainte qu’il ne sèche.Le bois se coupe mieux , l’ouvrage est plus facile; etcomme il ne se fait point de gerçures , tout le bois semet à prolit. Voilà la véritable raison de l’ouvrier,qui ne la dit pas , mais qui y supplée par une foulede mauvais raisonnemens. L’acheteur cède. Qu’ar-rive-t-il? Le moyeu et les jantes font retraite préci-sément en sens opposés. La peinture et la graisse sus-pendent le dessèchement pendant quelque tems ; ils’opère enfin : au bout de six mois, il faut renvoyerles roues à l’ouvrier , qui les châtre , c’est-à-dire quiraccourcit les jantes, et les rapprochant du moyeu,renfonce le tenon ; mais le mouvement de trépida-tion et le frottement avaient déjà usé les paremensde la mortaise , elle ne réagit plus contre le tenon ,tout se disloque.
J1 ne faut pas même attendre le terme de six mois,si l’on voyage rapidement pendant l’été. La chaleurde l’essieu , jointe à celle de l’atmosphère , précipitele dessèchement, la retraite s’accélère : on jette del’eau sur les roues ; mais ce palliatif du momentaugmente le mal par la suite. L’eau détruit le glutenqui lie les fibres entre elles , et l’ouverture n’en de-vient que plus large.
Il se consommerait moins de bois , et le consom-mateur trouverait beaucoup d’épargne , en ne souf-frant pas qu’il fût employé dans son charronnage du