SECOND MÉMOIRE. 127
» Je conseillerais donc à celui qui voudrait avoirun bois de cèdre , de faire chez lui sa pépinière , et àl’âge où les pépiniéristes arrachent le jeune plant pourle mettre en pot, le planteur mettrait chaque jeunecèdre à la place pour laquelle il le destine ; et commed’ici à long-tems on n’aura pas assez de cèdres pouren faire un grand bois , si on les plantait à trois piedsl’un de l’autre , je serais d’avis qu’il les alternât avecdes mahalebs , arbres moins précieux, et qui, venantplus vite que le cèdre , hâteront Ja jouissance du plan*teur, soit qu’il veuille se contenter d’un bois agréable,soit qu’il veuille un bois où il puisse faire des coupesdans lesquelles il recommandera seulement de ne pascouper les cèdres, comme mon père a recommandé,pendant plus de cinquante ans, qu’on s’abstîntde cou-per les genévriers de ses bois , défense qui s’exécutaitfidèlement, parce que cet arbre ne ressemble pasaux autres , et qu’étant jeune , il n’y aurait point eugrand profit à le couper en fraude ».
Cet article est fort étendu , mais nos lecteurs nouspardonneront ces détails sur un arbre dont il est aussiintéressant d’étendre la culture en France , qui estdoué de tant de qualités précieuses , qui réunit lacouleur, la taille , l’incorruptibilité , la force , lalégèreté , la bonne odeur , à l’avantage d’occuper lesterrains les plus ingrats. Aussi-tôt que les premièresdifficultés , que nous n’avons pas dissimulées, aurontété vaincues , l’arbre prendra faveur, il se multi-pliera -, et je ne fais aucun doute que les oiseaux fru-givores n’en augmentent insensiblement la quantitépar la suite, lorsque les cèdres rouges seront plusâgés et plus répandus qu’ils ne le sont aujourd’hui.