SECOND MÉMOIRE. l5l
M. Boutin. Peut-être, de proche en proche , la So-logne entière se serait boisée en pins , si le malheurarrivé dans l’hiver de 1788 à 1789 n’avait point misobstacle au progrès de cette culture.
Je vais rapporter à présent mon expérience per-sonnelle.
11 y a à Malesherbes un petit bois de pin maritimeplanté par mon père depuis environ cinquante ans ;il en lira les plants de Baville , terre qui était aussidans ma famille. Le bois de Baville, plus considérableque celui de Malesherbes , et où le pin se plaisaitencore davantage , est planté depuis environ quatre-vingts ans.
La veine de sable quartzeux et de grès de Fontai-nebleau et d’Etampes s’étend depuis Fontainebleau jusqu’à Malesherbes , et depuis Etampes jusqu’à Ba-ville. C’est dans ce sable , ainsi que je l’ai dit, quele pin maritime réussit le mieux. On en a semé à Ba-ville sur deux pics dont l’aspect ressemble assez àcelui des montagnes volcaniques. On les voit de fortloin , et, depuis qu’ils sont couverts de pins , ils pro-duisent un effet très-pittoresque.
Dans le vallon de Malesherbes , la bande sablon-neuse n’est qu’à mi-côte. En s’élevant, on rencontreune couche de terre calcaire; en s’élevant encore,on trouve la terre végétale qui s’étend , d’un côté,sur la Beauce , excellent pays à blé , et, de l’autrecôté, sur leGâtinais, pays dont la principale richesseest en vignes et en safran.
La vallée au-dessus de laquelle ma maison est si-tuée , fait voir sensiblement ces differentes couches.Ce n’est que dans celle <le pur sable que mon pèreavait planté des pins maritimes. J’en ai semé dans lapartie supérieure; ils y ont péri , parce que la terreétait calcaire. Instruit par cette expérience , j’en aisemé , depuis, quelques bouquets dans le terrain desable , et ils y réussissaient très-bien avant l’hiver de1788 à 1789.