CAMPAGNE DE 1794. 69
cette époque, la Montagne , qui avait cru nécessaire au salut delà France l’emploi temporaire de mesures énergiques, était elle-même dominée parun parti extrême, né de la longue alternative de nos succès et de nosrevers. Cette secte, d’accord avec les fanatiques de tous les temps,n’admettait plus d’autre procédé que l’extermination en masse de sesadversaires. Elle avait fait décréter la destruction de Lyon : elle ren-contra un général qui ne recula point devant le projet de dépeuplertoute une province.
On éloigna les vainqueurs deSavcnay, et Turrcau vint prendre le com-mandement de l’armée, qu’il conduisit à Saumur pendant que Iiaxo re-prenait Noirmoutier . Là, il ne craignit pas de dévoiler son système auxreprésentais assemblés ( i ). Un cri d’horreur s’éleva ; tous, un seul excepté,quittèrent le quartier-général ; le comité n’osait avouer son terrible man-dataire; mais, sans doute, encouragé par des instructions secrètes, celui-ci n’hésita pas à entrer en campagne.
Douze colonnes débouchèrent de Saumur par toutes les routes, se por-tant au devant de Haxo, divisé lui-même en huit colonnes. Voici ce quele général en chef leur prescrivait : « On emploiera tous les moyens dedé-« couvrir les rebelles; tous seront passés au fil de la baïonnette, les vil-« lages, métairies, bois, landes, genêts, et généralement tout ce qui« peut être brûlé, sera livré aux flammes. »
Au bout de dix jours, ces mesures implacables avaient ranimé la guerreprête à s’éteindre, et des combats continuels arrêtèrent ou détruisirent lescolonnes républicaines. Larochejacquclin ayant péri dans une de cesrencontres, Stofflct prit le commandement et s’empara de Chollet qu’ilfit incendier. D’un autre côté, Haxo fut tué au moment d’atteindreCharette à la Roche-sur-Yon. Sur tous les points, l’exaspération redou-bla ; mais, cette fois, les insurgés au désespoir ne combattaient plus quepour défendre leur vie , et la modération devait les désarmer. Turrcaufut enfin rappelé par l’animadversion publique. Vimeux, qui le remplaça,prit des dispositions plus humaines, dont le cours des évènemens hâta lesuccès.
Il divisa son armée (5o,ooo) en t\ colonnes qu’il rangea depuis Nantes jusqu’à l’embouchure du Layon en ligne presque circulaire, comprenantla Motte-Achard, Chantonnay, la Chàtaigncraye et Thouars. Elles reçurentl’ordre de s’avancer simultanément en observant la plus sévère discipline,désarmant les communes et en respectant les personnes et les propriétés;mais elles ne purent d’abord sortir des rctranchemens où elles s’étaient
(0 Quelques historiens prétendent que le système des colonnes fut ordonné par les representanseu mission. Le représentant Turreatt chargea son frère, qui était général, de l’exécution de ce système;