76 GUERRES UE LA RÉVOLUTION.
on a pu remarquer, depuis leur retraite de la Champagne , la prudenceextrême, se bornèrent à couvrir Mayence. La Pologne , insurgée sousKosciuzko, retenait à l’est de l’Europe une partie de leurs forces, et ilsétaient résolus à ne point compromettre l’armée qu’ils avaient engagéecontre la France . Les impériaux ne pouvaient rien sans eux. Hohcnloheavec l’avant-garde du prince de Saxe, resta campé à Mandach en avantdu pont de Manlieim, et son général en chef ne passa pas le Rhin .
Cette inaction permit à Jourdan de se porter sur sa gauche avec quatredivisions. Ses opérations s’étaient limitées, depuis l’ouverture de lacampagne, à profiter d’un mouvement de Beaulieu sur le Luxembourg ,pour enlever Arlon et favoriser les manœuvres de l’armée des Ardennes;mais Beaulieu l’avait ramené sous Longwy ; et de peur d’être encore unefois coupé de Namur , il s’était posté à Bouillon.
Dès-lors, le général Jourdan demandait avec instance à marcher surla Sambre; on y consentit enfin, et sa droite restant à Kaiserslautcrnsous les ordres de Moreau, il mit en avant trois colonnes par les routesde Bouillon, de Neuf-Château et de Marchc-cn-Famine. Beaulieu, à forced’activité, échappa au danger d’être tourné à Marche, et se retira à Dinant d’où Lefebvre le replia sur Namur . Là, il passa la Sambre et alla pren-dre à Fleurus la gauche des coalisés, tandis que les Français poursuivantleur mouvement, firent leur jonction avec les corps qui venaient d êtrebattus sous Charleroy .
I.a Sambre devint le théâtre des évènemens décisifs; cette petite ri-vière, d’un cours sinueux et paisible, séparait, depuis six semaines, deuxarmées fortes chacune de 5 o à 60,000 hommes, qui, tour-à-tour,avaientfait d’inutiles efforts pour s’affermir sur la rive opposée. Cinq combats achar-nés laissaient en suspens la fortune, quand Jourdan vint jeter dans la ba-lance le poids de son épée. Un grand conseil de guerre se réunit ; représen-tais et généraux s’accordèrent à considérer la prise de Charleroy comme uneopération préliminaire indispensable. On résolut le siège de cette place :on réunit aux divisions de la Moselle , celles des Ardennes et deux divi-sions de l’armée du Nord; et, tandis que i 5 ,ooo hommes restaient à lagardedu camp de Maubeuge , on lança sur l’autre rive cette masse imposante quireçut plus tard le nom d’armée de Sambrc-et-Meuse. Elle prit positionautour de Charleroy en couvrant toutes les routes qui y conduisent. Lagauche occupa Trazegnies et Forchies, la droite Fleurus et Lambusart, lecentre Gosselies et Heppignies ; une division fut chargée de réduire laplace.
Jourdan était général en chef; il avait amené , de la Moselle , Hatry,Lefebvre et Championnet, généraux divisionnaires dont la réputationétait faite. Les mutations de la Vendée avaient placé à l’armée des Ar-