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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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148 GUERRES DE LA REVOLUTION,

enlevée, sa retraite coupée, et on l’enferme entre les deux cours d’eau;enfin, si le combat s’engage dans les marais, il manque d’espace pour sedéployer ; les têtes de colonnes seules peuvent s’aborder, et la valeur doitl’emporter sur le nombre.

L’armée, frappée de cette admirable combinaison , franchit avec ar-deur le pont de Ronco; Massena, prenant la gauche, gagna Porcil oùil s’établit sans obstacle. De là il apercevait Vérone et pouvait surveillerles mouvemens du feld-maréchal. Augereau s’engagea sur la digue d’Ar-cole dans le dessein d’occuper le village et de pousser jusqu’à Villanova.Mais au tiers de la route, à l’endroit où elle forme un coude, à partirduquel elle longe la rive droite de l’Alpon, son avant-garde fut accueilliepar une vive fusillade qui l’arrêta tout court. Le général, surpris, s’avançaau pas de charge à la tête de deux bataillons de grenadiers et, malgré lefeu qu’essuyait son flanc droit, il parvint, en bon ordre, au pont d’Ar-cole; c’est un petit pont de bois sans parapet long d’environ 3o piedsjusque-là bien ignoré et dont le nom est désormais impérissable.

Arrivé à l’entrée de ce court défilé, la troupe tourne à droite et s’é-lance; mais une terrible décharge la force à reculer, elle se rompt etretourne précipitamment au coude d’où elle était partie.

Cependant Alvinzy était singulièrement ému de ce combat sur sesderrières. Il avait laissé sur l’Alpon un régiment de Croates pour observerla garnison de Legnago. Heureuse précaution dont on était loin de prévoirles conséquences. C’étaient ces mêmes Croates qui venaient de contenirvaillamment Augereau ; mais le feld-maréchal avait peine à s’expliquercomment ils avaient pu être attaqués ; était-ce par une patrouille de trou-pes légères aventurées dans le marais ou par suite d’une démonstra-tion, prélude d’une sortie de Vérone ? les doutes furent bientôt éclaircis;ses reconnaissances l’informèrent que Porcil était occupé par une di-vision entière et Arcole sérieusement menacé. Dès-lors il mesura le périlet se mit en devoir de repasser le pont de Villanova pendant que lesdivisions Mitrowski à droite, Provera à gauche, pour couvrir sonmouvement, se portaient contre les deux colonnes françaises. A la vuedes masses qui débouchaient sur eux, Massena et Augereau restèrent im-mobiles et laissèrent les généraux autrichiens défder en entier sur lesdigues, après quoi ils les chargèrent avec fureur, les culbutèrent, couvri-rent le marais de cadavres et firent un grand nombre de prisonniers.Augereau espéra profiter de l’élan pour enlever Arcole, il fut encore re-poussé, l’attaque se renouvela et Bonaparte survint.

Impatient de tomber sur le flanc des impériaux, de les surprendredans le désordre inévitable d’une retraite, il se jette au fort de la fusillade,il prend un drapeau, l’agite aux yeux des soldats et s’avance jusqu’au