GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
le conquérant de l’Italie , craignant de se voir enlever la gloire de donnerà la France une paix vivement désirée, fit remettre aux diplomates im-périaux son ultimatum et leur demanda une dernière entrevue. On luiopposa les objections d’usage, et, en les terminant par une insinuationpersonnelle, on l’autorisa à sortir de son caractère d’ambassadeur pourrentrer dans celui de général victorieux. 11 saisit quelques porcelaines,et les brisant avec colère, il s’écria que la guerre était déclarée, qu’avanttrois mois il aurait brisé, comme ces vases fragiles, la monarchie autri-chienne. Dès le lendemain le traité de Caifipo-Eorirtio fut signé entre larépublique française et l’empereur d’Allemagne .
La maison d’Autriche renonçait à la Belgique et à la Lombardie , ellereconnaissait la république Cisalpine , formée de la réunion de la Cispa-dane et de la Transpadane; elle évacuait Mayence, et l’empereur sanc-tionnait la prise de possession des provinces Rhénanes.
En compensation, Bonaparte livrait aux impériaux Venise même et lesétats vénitiens, à partir de l’Adigc; enfin l’on stipulait que les diffé-rends avec l’empire feraient l’objet d’un congrès qui devait se réunir àllastadt.
Jamais, dans les temps modernes, on n’avait conquis une aussi glo-rieuse paix. La France l’accueillit avec ivresse, et le directoire no sesentit point la force de refuser sa ratification au général qui n’avait pasplus hésité à se mettre au-dessus de ses ordres diplomatiques que de scsplans de campagne.
Le continent était désarmé, mais on avait fait d’inutiles tentatives pourtraiter avec le cabinet britannique. Depuis la malencontreuse campagnedu duc d’York , ses troupes de terre n’avaient point reparu dans lesrangs de la coalition. Cependant la supériorité toujours croissante de samarine lui avait permis de se transporter partout où elle pouvait porterà la France quelque funeste blessure. Les principaux établissemens del’Inde et des Antilles succombèrent sous ses coups, et le commerce an-glais , en s’enrichissant de nos perles, put offrir au gouvernement d’immen-ses capitaux pour continuer la guerre et soudoyer de nouveaux ennemis.
La révolution n’était donc point en sûreté, à moins d’avoir mis l’An-gleterre hors de combat, et d’avoir préparé en même temps, contre lestrois puissances du nord, une diversion permanente propre à leur ôter latentation de courir aux armes.
Le directoire entra pleinement dans ces vues. C’est, au reste, un desphénomènes les plus remarquables d’une grande révolution, que l’apti-tude des hommes quelle produit à s’approprier les traditions qui, pen-dant une longue suite d’années, ont contribué à la gloire et à la prospériténationales. Comme à ces époques les évènemens prennent un caractère