166 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
On avait résolu de débarquer en Irlande , mais les apprêts n’étaient pasencore terminés lorsque Bonaparte partit pour une expédition dont ilavait donné l’idée et dont les conséquences embrassaient le monde en-lier. La Turquie, vieille et fidèle alliée de la France , marchait à grandspas vers sa ruine. Les Russes lui avaient enlevé récemment le littoral nordde la mer Noire; l’Egypte, asservie à la milice des Mamelucks , étaitdans un état constant d’insubordination. En Syrie , un de ces empireséphémères qui s’élèvent et disparaissent en Orient, venait de braversa puissance. Il n’existait plus, mais les populations hostiles n’attendaientqu’un étendard pour se rallier contre la Turquie .
On voulut, ou la régénérer et lui donner assez de nerf pour tournerla coalition, de manière à tenir en échec les cours de Vienne et de Pé-tersbourg, ou compléter sa ruine et la remplacer par un gouvernementnouveau dévoué à la république. On voulut prendre pied en Orient, me-nacer les établissemens anglais de l’Inde , enfin rappeler à la vie le com-merce de la Méditerranée.
Ces grandes conceptions, que les plus hardis ministres du temps passéeussent rejetées comme chimériques, trouvèrent à peine quelques con-tradicteurs. L’armée d’Italie reçut la mission de gagner l’Egypte , qui n’ap-partenait plus que de nom aux Ottomans et de l’enlever aux Mamelucks .Le secret étant la condition première du succès de l’entreprise, il étaitimpossible de la concerter avec le divan. On donna l’ordre à un négociateurrenommé (M. de Talleyrand) de partir pour Constantinople , peu après laflotte, pour demander au sultan le renouvellement des anciens traités avecla France, en lui offrant, comme gage de cette alliance, l’Egypte etl’Orient soumis , et l’appui de légions partout victorieuses.
Les troupes, sous le nom d’aile gauche de l’armée d’Angleterre, se rap-prochèrent des côtes. On nolisa des transports à Toulon, à Gênes , à Ci-vita-Vecchia, à Bastia . On réunit pour les convoyer 1 3 vaisseaux dehaut bord et go bâtimens de guerre, montés par 10,000 hommes d’équi-page et commandés par le contre-amiral Brucys.
L’Europe voyait avec surprise la marine française , après tant de dé-sastres, se déployer si menaçante. La destination de cet armement étaitsoigneusement cachée. On savait que des ingénieurs, des savans, desartistes , des hommes de lettres devaient être embarqués et l’on s’épui-sait en conjectures sur le but de ces immenses préparatifs. Les supposi-tions s’arrêtaient aux Iles Britanniques, au Portugal , et les escadres an-glaises , négligeant la Méditerranée, sillonnaient l’Océan pour veiller auxpoints vulnérables. Cependant Bonaparte arriva à Toulon où se trou-vaient le vaisseau amiral et la plus forte division. A la vue du théâtre deses premières armes, à la vue des vétérans d’Arcole qui lo saluèrent de