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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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170 GUERRES DE LA RÉVOLUTION,

aperçut, à gauche, les dômes, les minarets du Caire , et dans le lointain, 5à l’horizon, les pyramides. C’est là que, par l’effet d’une marche habile,le sort de l’Egypte allait être décidé en une seule journée. A l’aspect decette ville de merveilles, de ces immenses monumens d’une civilisationinconnue, les âmes s’exaltèrent, l’armée entière battit des mains, et legénéral en chef, toujours prompt à s’emparer des émotions qu’il voyaitnaître, parcourut les rangs en prononçant ces mots dignes d’un telchamp de bataille : « Soldats! songez que du haut de ces pyramides qua-rante siècles vous contemplent. »

Les beys ignoraient profondément la guerre; ils n’avaient point faitéclairer la marche des Français , et l’on ne sait sur quelle conjecture ilss’attendaient à être attaqués par les deux rives. Leurs mesures prises, aumilieu d’une confusion extrême, se ressentaient d’ailleurs du mépris queleur inspiraient les Européens. Us avaient divisé leurs forces en deuxarmées que liaient entre elles une nombreuse flottille. Mourad, à la droitedu fleuve, avait renfermé dans Embabeh ao,ooo fantassins, couverts doquelques retranehemens informes, et défendus par (\o pièces de grosseartillerie. 3 ooo Arabes gardaient Gizeh,petite ville fermée d’une enceinte,et 6000 Mamelucks avec leurs fellahs (suivans), rangés le long du Nil ,établissaient la communication entre les deux positions. C’était l’arméeoccidentale forte d’environ 4 °)°°o hommes; Ibrahim et le pacha, à la têtede quelques Mamelucks , des spahis, des janissaires, formantl’armée orien-tale ( 1 5 àao,ooo), couvraient les remparts du Caire .

A l’approche des Français , un corps de cavalerie sortil d’Embabeh etchargea l’avant-garde ; mais il fut replié par un feu de fde en laissantquelques morts. Bonaparte fit aussitôt les apprêts de l’attaque. U avait re-connu les retranehemens d’Embabeh qui n’étaient point de nature à ré-sister à son infanterie. U s’était aperçu que les canons du camp, montéssur des affûts fixes, n’en pourraient sortir. Il ne lui en fallut pas davantagepour arrêter ses dispositions. Comme à Chobrâkit, ses divisions se for-mèrent en carré ; mais au lieu d’attendre les charges de l’ennemi, elless’avancèrent semblables à dévastés tours qu’un art puissant aurait renduesmobiles. Les trois premières, la gauche appuyée au Nil , manœuvrèrentpour entourer Embabeh (le général en chef marchait avec celle de droite);les deux autres, Desaix et Reynier, se portèrent, parallèlement au fleuvesur le front des Mamelucks , dénotant le projet de défiler devant eux,hors de la portée du canon et de leur interdire la retraite sur la Haute-Egypte . Celte combinaison surprit d’abord Mourad; mais il vit aussitôtle péril, il comprit que ces forteresses vivantes allaient peser sur lui, leserrer, le presser contre le Nil çt mettre fin à la guerre en le rejetantsur la Syrie . Du même coup-d’ceil il reconnut ce qu’il avait à faire. Saisis-