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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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188 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

nation turque en Syrie. La campagne récente de l’armée égyptienne ajustifié ces projets, et l’on sait maintenant que la prise d’Acre eût con-duit les Français sous les murs de Constantinople .

El-Arich, Kan-Iounes , Gaza furent occupés sans grande résistance ;mais Jaffa ferma ses portes, on l’investit, on l’enleva d’assaut, on la livraau pillage. Neuf jours après, l’avant-garde chassa de Haïfa un détache-ment de Mamelucks , et l’armée commença à se déployer autour de laplace où les destinées de l’Asie étaient renfermées.

Comme on l’investissait, les équipages de siège, qui suivaient par merle mouvement général, furent enlevés par la croisière du commodore an-glais Sidney Smith , et Bonaparte eut] la douleur de voir ses canons aug-menter l’armement de la place. Malgré cet échec, il se hâta de faire ouvrirla tranchée en couvrant ses opérations par des détachemens postés àSafed et Nazareth pour éclairer les débouchés du Liban et les routes deDamas.

Acre s’élève sur un promontoire lié au continent par une étroite lan-gue de terre. Ce court intervalle était comblé par des travaux que lesmoyens de siège ordinaires eussent bientôt surmontés. Le cinquièmejour de la tranchée, les pièces de campagne dont on fit usage à défaut degrosse artillerie, firent brèche, en peu d’heures, dans une tour carrée quidominait le rempart, et Bonaparte plein d’espoir ordonna l’assaut. L’infan-terie prit les armes, et quinze sapeurs, pour reconnaître la brèche, se glis-sèrent hors de la tranchée. A peine avaient-ils fait quelques pas qu’unlarge fossé à revêtement en pierres les arrêta tout court. L’attaque futsuspendue : il fallut faire jouer la mine pour démolir la contrescarpe ets’avancer jusqu’à la brèche au milieu des débris. Malgré le feu de la place,on se mit à creuser un puits de mine que l’on crut achevé en trois jours.L’explosion renversa en effet un pan du mur extérieur, mais il en res-tait encore huit pieds. Néanmoins, une trentaine d’hommes se précipitè-rent dans le fossé, le traversèrent, plantèrent une échelle au pied de latour et montèrent à l’assaut, tandis que deux bataillons s’ébranlèrent pourles soutenir.

U y eut alors une de ces complications fatales qui disposent souventdu succès. A la vue des échelles on crut dans la ville que tout était perdu;les Turcs s’enfuirent au port, Djezzar lui-même au milieu du tumultes’embarqua. De leur côté, les assaillans perdirent l’officier qui les com-mandait, ils s’effrayèrent, ils revinrent sur leurs pas, ils firent rebrousserchemin à l’infanterie comme elle allait descendre la contrescarpe. Unmomentencore la colonne engagée dans le fossé eût continué à se porter enavant; on se fût aperçu de la stupeur dont les ennemis étaient frappés et l’oneût saisi l’occasion qui ne se retrouva plus. Telles sont les chances de la