Buch 
Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
Entstehung
Seite
202
JPEG-Download
 

202 GUERRES DE LA REVOLUTION.

si long-temps disputée, s’élève entre deux forêts, à deux mille toises duRhin , dans une étroite vallée que traverse l’Ul et que renferment desmamelons assis sur une hase de rochers à pic. Elle n’est abordable quepar les routes de Bregentz et de Mayenfeld, qui forment un long défilédont les issues étaient fermées, d’un côté par un fortin et quinze redou-tes, de l’autre par une double ligne de retranchcmens. L’ensemble de cestravaux présentait un front de près d’une lieue. Ils épuisèrent encore unefois l’ardeur de Massena. Après une journée meurtrière, il rentra dansses quartiers affaibli de 2000 hommes.

Jourdan marchait donc au combat pour seconder une opération man-quée. Ses forces étaient inférieures; il avait inutilement insisté pourque Bernadotte l’appuyât en remontant la vallée du Nccker. Mais, enreprenant subitement L’attaque, il avait l’avantage de surprendre les Au-trichiens. Ceux-ci se déployaient en couvrant tout le cours de la Sto-kaclx depuis Licbtingen jusqu’au lac, et lorsque les Français les abordè-rent ils se trouvaient les uns en-deçà, les autres au-delà de ce ruisseausinueux. L’armée du Danube , formée en trois colonnes , suivit leschemins de Stokach, Walhvics et Licbtingen, et le premier choc futtout en sa faveur : les impériaux qui avaient passé la rivière furent cul-butés et rejetés sur l’autre rive. La droite s’empara du pont de Walh-vies et le centre prit position auprès de Ncllenbourg, sur des hauteursqui ferment le débouché de Stokach. Mais à gauche, le succès fut encoreplus marqué. Saint-Cyr perça jusqu’à Liebtingen et entassa la droite enne-mie dans un bois situé au-delà du cours d’eau; puis changeant de direc-tion à gauche, il se mit à la presser, à la chasser du bois, à la pousser eudésordre sur la ville.

Ces mouvemens avaient employé cinq à six heures : la gauche et lecentre des impériaux étaient paralysés, leur droite en pleine déroute, etJourdan pouvait croire la bataille gagnée, fl voulut la rendre décisive etil étendit sa gauche de manière à couper la ligne de retraite de l’archiduc.Avec la disproportion des forces, c’était trop tenter la fortune. Le prince,placé dans l’alternative de vaincre ou d’essuyer un immense désastre,aima mieux courir encore la chance des armes. Il saisit scs réserves, lesporte à sa droite, aborde Saint-Cyr et le replie dans lebois qu’il avait dé-passé; puis, pour l’en déposter, il charge lui-même à la tête de ses grena-diers. L’engagement fut terrible. Jourdan chercha à rompre la colonned’attaque en faisant donner sa cavalerie ; mais cette manœuvre ne fut pasexécutée, et Saint-Cyr, abandonné à lui-même, finit par céder. Les impé-riaux regagnèrent le terrain qu’ils avaient perdu et menacèrent à leur tourde prendre l’armée à revers par sa gauche. U fallut vider le champ de ba-taille où l’on avait perdu 10,000 hommes tués , blessés ou prisonniers.