20G GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
bien se replier au centre du Milanais , rallier Dessolles, appeler des ren-forts et disputer le passage de l’Adda. 11 adopta cette dernière combinai-son ; après avoir jeté Monlrichard sur la rive droite du Pô, pour couvrirla retraite de Macdonald qu’on rappelait enfin de Naples , il porta sonquartier-général à Milan et rangea les cinq divisions qui lui restaientsur l’Adda la gauche à Lecco, le centre à Cassano, la droite à Lodi etPizzighitone.
Malgré la difficulté de défendre l’Adda, Kray eût peut-être hésité amarcher sur Milan en laissant sur ses derrières la nombreuse garnisonde Mantoue, Montrichard et l’armée dé Naples , mais lé corps autrichiende Mêlas et les Russes entrèrent en ligne. Suwarow prit aussitôt le com-mandement en chef. Ce général arrivait précédé d’une grande renomméedue à des coups de main audacieux. Doué d’une rare ténacité et d’unèextrême bravoure , il affectait une sauvagerie moscovite et des singula-rités qui en avaient fait l’idole du soldat. Maître d’exalter ses troupes, ilétait sûr d’en obtenir de grandes choses; mais il ignorait l’art de faire mou-voir des armées nombreuses et le commandement de cent mille hommesétait au-dessus de sa portée. Il sut toutefois, la plupart du temps, répa-rer à force de hardiesse le vice de scs combinaisons.
Sa première résolution fut de marcher contre l’armée française ; lais-sant Kray (20,000) pour assiéger Mantoue et Peschiera , ctKlenau (7000)sur la rive droite du Pô pour prendre Ferrare , éloigner Montrichard etresserrer Macdonald sur le revers maritime de l’Apennin il prit 3 o,oooRusses et 3 o,ooo impériaux et se mit en mouvement avec Mêlas par lesroutes de Bergame et de Cossano, flanqué le long du Pô par deux déta-chemens qui se portèrent devant Lodi et Pizzighitone. Il tenait ainsi enéchec les divisions françaises et s’apprêtait à tâter toute leur ligne et àsaisir, pour y jeter des ponts, quelques points vulnérables.
A son approche, Scherer, comprenant qu’il fallait relever le moral deses troupes, résigna le commandement entre le'S mains de Moreau, qui,dans cette conjoncture critique, l’accepta avec une rare noblesse.
Le 26 avril, l’avant-garde russe Se présenta devant Lecco , groS bourgsitué en tête d’un pont qui traverse le lac de Côme , là où resserré pardeux chaînes de collines il n’a pour un moment qüè lé largeur d’unfleuve; un faible détachement de la division Serurier l’ocCupait. A lavue de ces barbares du nord il s’élança transporté de fureur et les fit d’a-bord reculer, puis, cédant au nombre, il se replia sur lu rive droite. Maisle mouvement de l’ennemi n’était qu’une démonstration dont le but étaitde retenir Serurier, et le reste de la journée se passa Sans autre engage-ment. L’émotion était grande; les Français voyaient leur nouveaux ennemisse déployer sur l’amphithéâtre de Lècco , ou examinait avec curiosité