Buch 
Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
Entstehung
Seite
232
JPEG-Download
 

232

GUERRES 1)E LA RÉVOLUTION.

par la rive droite jusqu’à l’embouchure de la Reuss dans le lac. A cct en-droit la masse des rochers pendant à pic suc les bords du lac, interrompt laroute; on se rend ordinairement par eau de Fluelen à Brunncn d’où l’on re-monte la Mutten jusqu’à Schwitz où la chaussée recommence. Selon le plandes coalisés, Scllachich devait pénétrer à Schwitz et préparer une flottillepour le transport des Russes . A son absence, à la contenance assurée destroupes postées sur l’autre rive, Suwarof conjectura que ses lieutenansétaient aux prises avec quelque puissant obstacle. Il résolut aussitôt depasser sur le corps de Lecourbe et de tourner le lac par Lucerne . Uncombat degéans s’engagea entre l’armée russe et la brigade française. Celle-ci, placée sur des rochers à pic, accabla ses adversaires d’un feu meurtrier;ils ne se rebutèrent point ; pendant trois jours le bruit de la bataille re-tentit dans ces hautes vallées où les chances étranges de la guerre avaientconduit des adversaires séparés par tant de pays. Le troisième jour ( 27 ) Su-warof, irrité de l’imperturbable constance des Français fit jeter des solivessur les piles d’un pont détruit, et se disposa à forcer enfin le passage. MaisLecourbe, par un trait d’audace inouïe, déjoua ce dessein en prenant lui-même l’offensive. Il saisit un millier d’hommes, passe avec eux la Reuss àson embouchure , enlève Altorf et surprend le camp des Russes . Leur gé-néral accourt et jusqu’à la nuit le feu se soutient sur la rive droite. Ce futalors que le feld-maréchal apprit les désastres de Korsakof et des corpsimpériaux. Sa fureur n’eut plus de bornes , il enjoignit au prince russesous peine de la tête, de revenir à la charge, il donna l’ordre aux géné-raux autrichiens de le rejoindre dans le canton de Schwitz, et laissant àLecourbe l’honneur de la victoire, il abandonna la Reuss pour se jeterdans les montagnes à la recherche de scs lieutenans.

Près d’Altorf , est le confluent de la Schachen, petite rivière qui s’é-coule parallèlement à la Mutten, dont elle est séparéepar un massif épaisd’environ 3 lieues. La colonne russe s’entassa dans le Schœchen-Thal etse mit en marche pour Mutten en suivant des sentiers à peinepraticables. Elle n’employa pas moins de deux jours à ce court trajet.Cependant deux mouvemens s’opérèrent aux extrémités de la vallée oùSuwarof transportait son armée. Masscna établit à Schwitz la divisionMortier; tandis que Molitor, averti par Lecourbe de l’approche des Rus-ses, courutà Linken, qui occupait toujours Engi, le culbuta, le fit pour-suivre dans les Grisons et prendre poste au mont Bragel.

Arrivé dans le Mutten-Thal, Suwarof fut déconcerté de n’y point trou-ver les impériaux; il passa deux jours à Mutten, autant pour les attendreque pour donner du repos à ses troupes harassées; puis il comprit qu’uneplus longue inaction allait le perdre. Entouré par Mortier et par Molitor,pressé par Lecourbe qui s’engageait à son tour dans les gorges du Sclia-