CAMPAGNE DE 1800 . 243
A peine maître «.livrée, l’avant-garde française s’élança sur la route deTurin; au bout de six jours, elle se heurta contre le secours autrichien qui venait de prendre position à Romano, derrière la Chiusella, dont lepont était défendu par une batterie. La victoire fut brusquement décidéepar un trait audacieux. Quelques compagnies d’infanterie se précipitè-rent dans la rivière, tournèrent le pont, prirent les pièces et déblayèrentle défilé où la colonne d’attaque se rua en masse; les impériaux rompuss’enfuirent à Chivasso d’où ils se replièrent jusqu’à Turin .
Launes entra le jour suivant dans Chivasso; Bonaparte lui-même s’yrendit et donna l’ordre de jeter un pont sur le Pô. Dans le même mo-ment, Turreau débouchait par le col de Suze. Mêlas crut que cedouble mouvement avait pour but d’investir Turin par les deux rives duPô, il y porta son quartier-général et il se mit des deux côtés sur la dé-fensive. Mais ce n’était ni à Turin , ni au-delà du Pô que l’on voulait serendre; on tendait à un but autrement décisif. L’armée entière fit un àgauche et s’avança sur Verceil , flanquée à droite par Lannes qui longeale fleuve, et à gauche au pied des Alpes par la légion de Lccchi. On pritVerceil , et le 3 1 mai on força à Turbigo et Bufalora le passage du Té-sin, que Laudon s’était hâté de couvrir avec une partie des réserves. Lemême jour, Moncey arriva sans obstacles à Bcllinzona; le lendemain,Lannes enleva Pavie, et le surlendemain Bonaparte fit son entrée à Mi-lan , dont le château fut sur-le-champ investi.
Son arrivée tenait du prodige. Les patriotes italiens, qui subissaientdepuis un an une dure réaction, osaient à peine y croire. A la vue del’avant-garde française, leurs transports éclatèrent, et pendant ces scènesde délire Bonaparte parut! Quels souvenirs eussent adouci les heures desa captivité, si l’ingénieuse cruauté de ses bourreaux n’avait pris soin delui faire sentir à chaque instant ses fers!
Les prisons s’ouvrirent, les exilés rentrèrent, et la république Cisal-pine fut aussitôt réorganisée. Laudon et Wukassowich s’enfuirent sous lecanon de Mantoue , séparés de leur général en chef par un état surgis-sant hostile à l’Autriche et par une armée de 60,000 hommes.
Mêlas, pris entre le Pô et la mer, n’avait plus d’issue que par la rivedroite du fleuve. On ne le laissa pas long-temps libre; 011 courut à lui;on s’occupa de délivrer Gênes dont on ignorait le sort.
Quatre jours après l’entrée à Milan , Murat marcha sur Plaisance, etLannes, avec l’avant-garde, partit de Bclgiojoso pour se porter sur l’au-tre rive et saisir Stradella, position importante où la chaussée de Turin ,à Crémone par Alexandrie et Plaisance, au sortir de la plaine de Tor-tone, entre dans un long défilé, formé par les cultures qui bordent lePô et par les prolongemens de l’Apennin ,
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