242 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
convois, les soldats s'attelèrent gaîment aux traîneaux qui les transpor-taient, et l’on se mit à gravir l’escarpement. La musique militaire, leschants patriotiques faisaient retentir ces solitudes que le bruit delà guerren’avait jamais troublées, et aux pas difficiles le tambour battait la charge,ün parvint au bout de huit heures à l’hôpital, où l’on fit balte. Les reli-gieux s’empressèrent de distribuer à chaque homme des vivres et uneforte ration de vin. Bientôt on se remit en marche et l’on atteignit lacime du mont. On descendit à la ramasse le revei’s extérieur dont lapente est moins rapide; on rallia une poignée d’hommes, on courut surAoste , on l’emporta et l’on s’y établit; tout cela était fait en quelquesheures. Cependant le passage s’opérait sans discontinuer, il dura quatrejours; à mesure qu’on arrivait au chemin voiturable, on remettait lescanons sur affûts et l’on reprenait ses rangs. Dès le 19, Lannes fut enmesure d'assaillir le poste de Châtillon, de le culbuter et de pousser jus-qu’à la petite ville de Bard. Le même jour, Bonaparte quitta Lausanne ;}e lendemain, il franchit le Saint-Bernard et porta le quartier-général àAoste . A ce moment, l’armée était arrêtée par le fort de Bard, bâti surun rocher à pic qui ferme la vallée, et ne laisse d’autre issue que la villedont la rue principale était enfilée par une batterie de 22 pièces. Cetobstacle dont on 11’avait point mesuré l’importance, était de nature àcompromettre l’expédition. On reconnut que le fort était à l’abri d’uncoup demain, et le commandant refusant ses portes, il fallut tourner ladifficulté. On creusa d’abord dans le roc, hors de la porté de canon, unsentier ou plutôt un escalier, où l’infanterie et la cavalerie purent défiler.Lannes le franchit aussitôt avec l’avant-garde et se porta sur Ivrée ; puis,le fort tenant toujours malgré plusieurs assauts, on enveloppa de paille lesroues des canons et des voitures, et pendant une nuit obscure (22 mai)on traversa la ville sous une grêle d’obus et de boulets, dont un seul pou-vait déterminer une explosion terrible. On réussit sans accident à dépas-ser le fort; Chabran resta pour en faire le siège, et l’armée sortant enfinde cette affreuse vallée, ne tarda pas à se former dans la plaine d’Ivrée .
Ni Mêlas, ni ses lieutenans ne pénétrèrent les projets du premier con-sul. Ils crurent reconnaître de vaines démonstrations faites dans le but dedégager Suchet, et le feld-maréchal se contenta d’envoyer à Raim unrenfort de 5 ooo hommes d’élite. Le 2Ô mai, sur les nouveaux avis quilui parvinrent, il partit pour le Piémont avec sa réserve forte de 6000hommes, et ne tarda pas à rappeler Elsnitz.
Raim avait envoyé 10,000 hommes au secours d’Ivrée , où était ren-fermée une garnison de 4000 hommes. Mais ils en étaient encore loin,quand Lannes, après deux jours de combat, fit enfoncer à coups de hacheles portes de la ville et y pénétra d’assaut. j