313
CAMPAGNE DE 1808 .
l’Espagne et que vivent des populations belliqueuses qui jamais n’out ac-cepté de joug. Mais Napoléon , qui venait de terrasser l’Europe entière,ne tint pas compte de cette première barrière et il lança ses troupesen avant croyant saisir une proie facile. Il commença par s’assurer la pos-session du Portugal .
Depuis le mois d’août, une année de a 5 ,ooo hommes était réunie àBayonne sous le nom de corps d’observation de la Gironde. Commandéeen chef par Junot, elle formait trois divisions sous Delaborde, LoisonetTravot, plus un corps de cavalerie sous Kellermann,
Le 18 octobre 1807, la tête de colonne passa la Bidassoa et quinzejours après, l’armée prit ses cantonuemens à Salamanque . On l’accueillitpartout avec méfiance. Les capitaines-généraux de la Galice , de l’Estra-madure et de l’Andalousie , qui avaient ordre de seconder ses opérations,réunissaient leurs forces : sur le Minho (8 à 10,000), sur le Tage (5 à6000) et à Badajoz (5 à 6000).
Cependant la cour de Lisbonne , malgré les noies menaçantes des am-bassadeurs de France et d’Espagne , attendait, sans s’émouvoir, le coupmortel. Pour l’arracher à ce sommeil léthargique, le cabinet de Londres se hata d’armer une escadre dont le commodore Sydney-Smith eut lecommandement. Mais Napoléon fit passer à Junot l’ordre d’enlrer enPortugal , de marcher, sans s’arrêter un seul jour, droit à la capitale etde la saisir avant l’arrivée des Anglais . Junot remplit exactement cettemission.
Deux partis se présentaient : lever sur-le-champ le masque, suivre laroute directe de Salamanque à Lisbonne, par Ciudad-Rodrigo , surpren-dre la place d’Almeida et s’engager par Celorico, dans une chaîne degorges et de défilés longue de cinquante lieues : ou dissimuler encoreses projets, côtoyer la frontière jusqu’au Tage , puis courir à traverspays sur Lisbonne .
Le général en chef s’arrêta à cette dernière combinaison, comme pluspropre à entretenir la funeste sécurité du gouvernement portugais . Ilcbranla son armée en répandant le bruit qu’elle faisait partie d’une ex-pédition préparée contre Gibraltar ; et il la transporta en cinq jours àAlcantara. Là, toujours avec la même rapidité, il franchit l’Herjas, ruis-seau qui sépare les deux royaumes , et il s’avança sur Abrantès .
Pendant cinq jours, l’armée parcourut un pays désolé et stérile. Lapluie ne cessa d’embarrasser sa marche, et le débordement des affluensdu Tage arrêta tout court les convois et l’artillerie. Les vivres manquè-rent et l’on ne put subsister qu’en arrachant aux rares habitans de cettemalheureuse contrée leurs chétives provisions. Enfin on atteignit Abran-tès sans rencontrer un seul soldat portugais. Junot réorgauisa sur-le-