372 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
elle contraignit à suspendre ses travaux. Dès-lors le généralissime parutse résigner à la défensive. Il éleva entre Asparn et Enzersdorf de formi-dables retranehemens qui firent face aux immenses apprêts, dont l’île deLobau était devenue le centre.
Les ressources mises en œuvre par les deux adversaires, leurs manœu-vres, leurs moyens d’attaque et de défense forment un ensemble de faits,dont l’histoire de la guerre n’offrait point d’exemple, et qui doit servirde modèle aux militaires de tous les temps et de tous les pays.
On peut se faire une idée de la difficulté de transporter i 5 o,ooo hom-mes au-delà d’un fleuve, large de 5 oo toises, au cours profond et rapide,couvert par une armée de force égale. Napoléon avait, il est vrai, sim-plifié la question par son obstination à conserver l’île de Lobau, par sonart à la rendre inaccessible. Mais il lui restait à franchir un bras de 61toises sous le feu des900 canons de l’archiduc; il lui restait à assurer lacommunication avec la rive droite, séparée de l’île par le bras principal.On profita d’un îlot large de 5 o toises, qui le divise en deux parties, etl’onjeta sur les deux courans, l’un de 27 5 toises, l’autre plus profond et plus ra-pide, mais large seulement de iy 5 toises, un pont sur pilotis composé de70 travées éloignées entre elles d’environ 6 à y toises. Chaque travée,supportée par six pilots, avait vingt pieds de large; les pilots, enfoncésde dix pieds en terre, sortaient de six pieds au-dessus de l’eau. Le pontdu grand courant était protégé par une estacade et, à 20 toises de dis-tance, on établit un pont de bateaux. Enfin ces constructions gigantes-ques furent protégées par une grande estacade longue de 800 toises, assisesur deux îlots.
Tels furent les travaux entre l’île et la rive droite. On assura la com-munication sur une coupure qui traverse l’île elle-même, on jeta de plusun pont sur le petit bras et l’on prépara, près de l’île Alexandre au-des-sous d’Enzersdorf, un pont de bateaux de 80 toises, d’une seule pièce,formé de aa pontons liés entreeux par des poutrelles.
Le moment arrivé où l’on n’avait plus de diversion à craindre sur larive droite et où les travaux avaient acquis une solidité à l’épreuve, Na-poléon fit venir de Lintz une partie du corps bavarois, de Gleisdorf ;Marmont et Broussier,de Raab; Eugène et de Presbourg : Davout. Lecorps saxon avait déjà rejoint.
La concentration de toutes ces colonnes fut achevée le 4 juillet, et dansla nuit du 4 au 5 l’armée entière passa dans l’île de Lobau. Pour mas-quer sa direction, la canonnade s’ouvrit sur tout le front de l’île. Lesdémonstrations des jours précédens tendant àfairecroire à l’archiduc quel’on voulait forcer l’ancien passage entre Asparn et Essling, il s’était missous les armes dans ses retranehemens. Le feu de ses pièces répondit à