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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1812, &05

L’Angleterre le saisit; elle excita de nouveau le cabinet de Peters-bourg, qui d’ailleurs était tout disposé à jeter le gant. Ses armées démo-ralisées, détruites à Austerlitz et Friedland, s’étaient reformées à l’ombrede protestations mensongères. Elle était impatiente de dépouiller toutefeinte, de répudier l’alliance jurée à Tilsitt et à Erfurth.

Napoléon de son côté ne se résignait point aux questions indécises.L’intervention des troupes russes sur la Yistule, en 1809, lui avait donnéla mesure de ce qu’il devait attendre de l’amitié d’Alexandre, et il se sentaittourmenté du dessein de mettre le sceau à son éclatante carrière, en as-surant à jamais l’Europe contre les empiètemens d’une puissance qui sem-ble avoir pris l’ancienne Rome pour modèle.

Si ses premiers échecs, au-delà des Pyrénées , l’avaient averti que lalassitude commençait à assoupir la vieille France , il avait pu reconnaî-tre que la foi en son génie allait en grandissant, durant sa dernièrecampagne , où il lui avait été facile, par la seule influence de son nom ,de passionner des armées novices et hétérogènes, et de faire briller d’unégal éclat, sur le champ de bataille, Français , Bavarois, Wurtcmbergeoiset Westphaliens.

Il sesentaitla force de pousser tout le continent contre l’enipirc desczars et de diriger de sa main puissante les élémens si divers dont lestroupes de l’expédition seraient composées. Le simple exposé de la cam-pagne, des circonstances fatales qui plus d’une fois ont fait échapperles généraux russes , de la sauvagerie de la défense, de la catastrophequi l’a terminée, suffira pour faire juger s’il a trop présumé de lui-même,ou si à ses vastes desseins il n’a manqué que le succès pour forcer l’ad-miration des contemporains et de la postérité.

Iiancienne Russie, limitée long-temps au territoire de Moscou , aprèss etre incorporé les peuplades de race tartare qui la séparaient de l’Asie et de la mer Glaciale, a commencé , depuis le xvii° siècle, à s’avancer,pas à pas vers l’Occident . Les provinces qu’elle présente les premières àl’invasion, immense ceinture, longue de plus de 4oo lieues, sont lefruit de ces acquisitions dont l’origine est trop récente pour être légiti-mée. C’est la Crimée arrachée par Catherine à la décrépitude des Otto-mans ; c’est l’Ukraine, e’est la noble Pologne, c’est le littoral de la merBaltique, jadis soumis à la Suède et imbu des libertés du moyen âge.Mais si politiquement elle semble vulnérable, la nature a pris soin depourvoir à sa sûreté. Le cœur de l’empire est couvert par de larges fleu-ves, qui s’écoulent lentement à travers îles lacs, des marais, des forêtsimpénétrables et de vastes déserts. Dans ccs contrés incultes, on ne trouveplus,comme au midi de l’Europe , des villes où les besoins d’une longuecivilisation accumulent les trésors de riuditslric, la difficulté des coin-