CAMPAGNE DE 1812. 419
L’avant-garde de Ney se heurta contre l’ennemi à Gorbounowo, vil-lage situé à trois lieues au nord-est de Smolensk , à la naissance du ravinde Stragan qui coupe la chaussée de Moscou , un peu au-delà de Valou-tina-Gora. Attaquer, enlever le village, ce fut l’affaire d’un moment.Mais à la grande surprise du maréchal, les Russes cherchèrent à le reprendre, il les culbuta; des renforts leur furent envoyés et le combat seprolongea vivement pendant deux heures au bout desquelles, ils s’enga-gèrent dans le chemin creux qui longe le ravin, paraissant fort empres-sés de gagner la grande route. Ney crut alors comprendre le but deleur résistance, il crut avoir eu affaire à une extrême arrière-gardequi s’était dévouée pour donner au corps de bataille le temps de sortirde ce long défilé, et il se hâta de côtoyer sa marche par la rive droitede Stragan , dans le dessein de déboucher par Valoutina-Gora , de forcerle passage du ruisseau et de couper par le flanc la colonne russe. Il cou-rut ainsi chercher à deux lieues une chance de succès qu’il tenait à soninsu. Ces troupes qu’il venait de replier, formaient la queue du premiercorps de Barclay; le second corps, fort de deux divisions, était encore,enlre Gorbounowo et la route de Pétersbourg, entassé dans des cheminsétroits et difficiles. En restant dans la position qu’il avait vaillammentconquise et conservée,Ney lui faisait déposer les armes.
Mais on n’était pas au dernier des mécomptes qui devaient signalercette journée. Le maréchal éprouva sur les hauteurs de Valoutina-Gora une opiniâtre résistance, et, lorsqu’il l’eut surmontée, lorsqu’il eut rejetéau-delà du Stragan tout ce qui lui tenait tête, lorsqu’il crut pouvoirse préparer à enlever le défilé, il reconnut sur les collines opposées unearmée entière, occupant de bonnes positions hérissées d’artillerie, cou-vertes par un vallon fangeux, où il lui était difficile de se déployer.
U avertit aussitôt l’empereur et demanda des renforts. Napoléon nevoyant là qu’une chaude affaire d’arrière-garde, fit avancer l’un àdroite, l’autre à gauche, Gudin et Morand du premier corps. II prescri-vit à Murat de charger et à Junot de tourner l’ennemi. Gudin seul rem-plit sa mission. Morand fut arrêté par un contre-ordre qui n’est pointexpliqué. Les marais paralysèrent la cavalerie de réserve, et Junot, quidepuis le matin se laissait imposer par un rideau de cosaques Junot, quin’avait que deux lieues à faire pour se porter en obliquant à droite, ense masquant d’un bois épais sur les derrières de l’ennemi et le forcer àse rendre, Junot refusa de marcher.
Cependant, Gudin , soutenu par le feu de toute la ligne, forma sa di-vision en colonne et se lança sur les escarpemens au-delà du pont. Unegrêle de boulets et de mitraille accueillit cette troupe si éprouvée qui,sans être émue, continua à s’avancer l’arme au bras. Son brave général
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