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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 18 Ï 2 . 637

une revanche de Viazma : il le somma de déposer les armes. Cette inso-lence enflamma tous les courages; on se battit en désespérés jusqu’ausoir. On réussit alors à tourner la droite de l’ennemi et à rallier lagarde.

Le troisième jour, ce fut le tour de Davout (10,000) :Kulusof, hon-teux de sa faiblesse, se déploya enfin tout entier, résolu d’enlever aumoins un corps d’armée. Mais, au bruit du canon, l’empereur sortit deKrasnoi avec la garde et le vice-roi. Ces vaillantes troupes, rivalisantd’audace, portèrent aux Russes de si profondes atteintes qu’ils reculèrentfrappés de stupeur, et laissèrent échapper le maréchal.

Ney seul était encore en arrière (6000). On ne pouvait l’attendre qu’aurisque d’une affaire générale qu’on ne pouvait livrer avant de saisir lesponts du Borysthène. Napoléon , plein de confiance dans la résolution duprince de la Moskowa, donna l’ordre de marcher sur Orcha .

L’avant-garde de Ney se présenta le ig, au soir, à 3 heures près deKrasnoi. Elle trouva la route barrée par des forces décuples, et elle futaccueillie par le feu de 5 o pièces, en batterie derrière un ravin. Elle sereplia sur le maréchal qui accourut, fit battre la charge et se précipitafurieux sur la première ligne. Les Russes furent rompus, mais ils furentà l’instant remplacés par des troupes fraîches et la terrible batterie con-tinua son feu. Jusqu’à la fin du jour, Ney renouvela ses audacieuses atta-ques. Enfin, désespérant de percer à travers ces masses épaisses qui répa-raient si facilement leurs brèches , il ordonna la retraite et, à la grandesurprise des siens et de l’ennemi, il reprit la route de Smolensk. Bientôt,il la quitta pour se jeter par sa droite, le long des bois qui s’étendenten avant de Krasnoi. Les Russes , certains de lui faire rendre le lende-main son épée, ne le poursuivirent point, et sa troupe, rassurée par safière contenance, chemina silencieusement sans se rendre bien comptede ses desseins. Ils ne tardèrent pas à se dévoiler : au bout de deux lieuesdémarché, par une nuit obscure et brumeuse qui annonçait le dégel,on atteignit les bords d’un fleuve encore glacé. C’était le Dniéper ! Unélan de joie ranima les cœurs et l’on se mit à la recherche d’un passagepour les bagages et l’artillerie. Mais, ô douleur! la glace commençait àfondre, elle ne put supporter le poids des voitures qu’il fallut abandonner.Les hommes abordèrent l’autre rive en se plongeant dans, l’eau jusqu ami-corps. Avant le jour, on était hors de péril. On fut encore harcelé parles cosaques de Platof qui, depuis Smolensk , suivaient la rive droite ;mais le maréchal les tint sans peine en respect, et il rejoignit à Orcha sesfrères d’armes qui le comblèrent de témoignages d’amitié et d’éloges bienjustement mérités.

On avait devancé les Russes sur la rive droite du Borysthène . La tem-