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le même instant sur le Rhin inspiraient lacrainte assez bien fondée que les Autri-chiens ne renforçassent l’armée dans leTyrol et le Frioul, et ne fissent de nou-veaux efforts pour la délivrer. Alors la pré-sence de Wurmser et de 20 mille hommessur nos derrières devenait inquiétante.
Pour surcroît de contrariétés, mon ar-mée se fondait dans les marais du Man-touan, où des fièvres malignes régnentordinairement en automne; enfin l’horizondu midi de lTtalie se rembrunissait.
Formation de républiques.
Convaincu néanmoins que l’Autriche neserait pas de sitôt en mesure de m’inquié-ter, je donnai tout le mois d’octobre aux.soins qu’exigeait l’intérieur de lTtalie. L’in-vasion menaçante de Wurmser avait raniméles espérances de la cour de Rome, qui nese souciait plus d’exécuter les conditions del’armistice de Bologne . Il fallait négocieret menacer à propos pour se débarrasserd’elle. Hercule ni, duc de Modène, s’étaitenfui à Venise avec ses trésors : ce dernierrejeton de la famille d’Este démentait sonnom sous tous les rapports : c’était un princedébonnaire, ami des arts, mais une ava-rice sordide obscurcissait ses faibles quali-tés. L’archiduc Ferdinand, son gendre,devait hériter un jour de ses états; il n’enfallait pas davantage pour le ranger aunombre de nos ennemis. La régence qu’ilavait instituée en son absence était hostile,je résolus de la chasser; la population deReggio était pour nous, elle fit sa révolu-tion elle-même. Nos troupes la firent àModène , que nous occupâmes sans obsta-cle, et qui nous procura une place revêtued’une bonne enceinte.
Je sentais la nécessité de créer un nou-vel état en Italie . Mes grandes vues sur cepays n’étaient pas encore mûres ; toutefois,
j’en pressentais une partie. Quelque envieque j’eusse de régénérer cette antique etsuperbe nation en la réunissant en unmême corps, je savais que rien n’est plusdifficile que de fondre les intérêts de dixétats en un seul. La question seule du choixde la capitale suffit pour diviser les intérêtset les esprits. Pour l’instant, il m’eût suffide ressusciter les Lombards, afin d’oppo-ser une antique gloire italienne à la maisond’Autriche . Mais parler d’un royaume oumême d’un duché de Lombardie à desRevv-bel et des Barras, c’eût été me compromettresans utilité; ces messieurs voulaient toutrépublicaniser.
Je jetai les bases de plusieurs républi-ques provisoires, la cisalpine , la cispadaneet la transpadane. Elles étaient démocrati-ques, parce qu’il eût été imprudent alorsde parler à mes soldats de fonder des aris-tocraties : je m’efforçai toutefois de conser-ver quelque préséance à la noblesse et auclergé pour les gagner, et j’y parvins, dumoins en partie. Bologne et Ferrare for-mèrent une petite république transpadane;Modène et Reggio se réunirent pour for-mer la cispadane. Il nous convenait de leslaisser pour l’instant dans cet état de divi-sion, car il nous faciliterait les arrange-ments et les cessions nécessaires à la paix :d’ailleurs, cet ordre de choses plaisait auxvues étroites des plébéiens de ces villes.Nous y avions de nombreux partisans :Milan même adopta peu à peu l’idée decette régénération. La crainte d’être ren-dus à l’Autriche , à la paix, refroidissaitles Lombards, et, dans le fait, je ne cher-chai pas à compromettre trop sérieusementles peuples de ces provinces; c’était assezde semer des germes, sauf à recueillir lesfruits après la guerre : il me suffisait quela Lombardie organisât quelques légionssoldées qui, d’accord avec les gardes nationa-